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BRETAGNE, région administrative

Paradoxes et potentiels bretons pour le XXIe siècle

Au début du xxie siècle, la Bretagne apparaît à la fin d'un cycle économique, après avoir effectué son « rattrapage ». Elle présente aujourd'hui des contrastes qui ouvrent un vaste champ des possibles.

Le secteur économique associe des performances remarquables et des germes de fragilité. D'un côté, la Bretagne est la deuxième région française dans le domaine des télécommunications, où elle présente des compétences remarquables (technopôle de Lannion, de Rennes-Atalante, de Brest). Ses autres points forts résident également dans le secteur agroalimentaire en pleine évolution (car il s'associe désormais aux technologies les plus innovantes), la construction automobile (groupe P.S.A.) et ses activités de sous-traitance (plasturgie, industrie mécanique, électronique...), la construction et la réparation navales (D.C.N.), la dynamique des sciences de la mer (technopôle Brest-Iroise) ou des sciences du vivant (groupe Yves Rocher)... De l'autre, le tissu est parfois fragile et sujet à des délocalisations (par exemple STMicroélectronics à Rennes en 2004) y compris dans le secteur agroalimentaire. Les risques liés à l'élargissement de l'Union européenne (réattribution des aides du Fonds européen de développement régional et évolution de la Politique agricole commune) suscitent des inquiétudes dans tout l'espace rural, même s'il existe des agricultures bretonnes, certaines étant fragilisées quand d'autres, extrêmement performantes, sont valorisées dans des salons internationaux comme le Space à Rennes.

Un deuxième contraste oppose le niveau des diplômes à celui des salaires. Alors qu'elle était un bloc homogène d'analphabétisme jusqu'au début du xxe siècle, la Bretagne est, un siècle plus tard, la première région française pour le taux de réussite au brevet et au baccalauréat. Elle est aussi au cinquième rang en France pour les actifs titulaires d'un diplôme du premier cycle universitaire, même si l'exode des jeunes diplômés est un fait majeur (le déficit a été de 8 800 diplômés de deuxième et troisième cycle entre 1990 et 1999). En raison de ces départs, le niveau des salaires reste faible et illustre la difficulté, assez commune en France, de créer un réel pouvoir de décision régional. Si le rapport de population entre la Bretagne et l'Île-de-France est de 1 à 4, le rapport en termes de décision est aujourd'hui de 1 à plus de 16.

La Bretagne apparaît également comme une péninsule maritime qui tourne largement le dos à la mer, puisqu'elle ne réalise que 1,8 p. 100 du commerce maritime français. Le trafic commercial des ports bretons atteint à peine 8 millions de tonnes et la région fonctionne avec des logiques terrestres (la route assure plus de 90 p. 100 du transport des marchandises). La Bretagne tourne le dos à une ouverture océanique qui a fait jadis sa prospérité et ce regard oriental vers les marchés français et européens explique la suprématie de la Haute-Bretagne qui apparaît plus proche et mieux desservie (autoroute des estuaires, qui va du nord de la France à Bordeaux, en passant par Rennes et Nantes, prévision d'une liaison à grande vitesse jusqu'à Rennes à l'horizon 2017). Alors que la partie occidentale comptait 400 000 habitants de moins en 1851, le différentiel atteint désormais plus d’un million d’habitants.

L'internationalisation économique apparaît ainsi plus « subie » (naufrage des pétroliers, délocalisations...) que choisie. Située près de la route maritime la plus fréquentée du monde, la région ne représente que 2,3 p. 100 du commerce international de la France pour 5 p. 100 de sa population. Pour certains, elle ne dispose pas d'un arrière-pays assez fort. Mais d'autres rappellent que la mer porte aujourd'hui près de 90 p. 100 des échanges[...]

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Écrit par

  • : professeur à l'université de Rennes-II-Haute-Bretagne
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Bretagne : carte administrative

Bretagne : carte administrative

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