PLOSSU BERNARD (1945- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Rares sont les photographies de Bernard Plossu qui ne soient pas ancrées à un endroit du monde. Avant d'être photographe, l'homme né le 26 février 1945 à Dalat au Vietnam, est un voyageur, plutôt nomade que touriste. L'adolescent découvre à treize ans la photographie en même temps que le Sahara qu'il traverse avec son père. Ses premières images, prises avec soin au moyen d'un appareil Brownie Flash, inaugurent ce qui deviendra plus tard une habitude et bientôt une attitude, même si sa fréquentation de la Cinémathèque française et son enthousiasme pour la Nouvelle Vague le conduit d'abord à s'essayer au film super-8. À l'âge de vingt ans, Bernard Plossu rejoint à Mexico ses grands-parents, immigrés après leur départ d'Indochine. Renonçant aux études universitaires qu'il était censé mener, le jeune homme se fait admettre dans l'équipe de l'expédition ethnographique britannique Zaschen-Max qui le conduit à travers la forêt vierge du Chiapas. Il y perdra sa caméra et ses ambitions de cinéaste, pour envisager la carrière de photographe qu'il aborde avec un appareil d'amateur, le Retina Kodak.

Bernard Plossu passera quelques mois à Mexico, fréquentant les routards américains de sa génération, accumulant une somme de photographies qui fourniront la matière, quinze ans plus tard, de son troisième livre, Le Voyage mexicain (1979), imprégné de sa découverte du mélange des cultures, l'indienne et l'espagnole. Photographe vierge de toute formation ou d'influence, Plossu saisit les scènes de rue et les personnages au gré de ses vagabondages, s'attachant parfois à l'abandon d'un objet, à un lieu désert, au désert lui-même. De ces premières impressions surgissent des images devenues célèbres : Roberto mangeant un fruit, le couteau sorti, ou La Noce mexicaine (1966), où deux jeunes mariés en voile et blouson sont conduits à l'arrière d'une décapotable appartenant à un couple plus fortuné.

La rencontre avec Bill Coleman, futur médecin, détermine la suite du voyage. Plossu accompagne son jeune ami américain chez lui, à Carmel en Californie, au plus fort de la mouvance hippie et beatnik et de la mobilisation contre la guerre du Vietnam. Bernard Plossu, guidé par Bill Coleman, qui le présente au peintre Ephraïm Doner, multiplie les contacts amicaux et les échanges avec les écrivains et les artistes, acteurs de la contre-culture américaine établis sur la côte de Big Sur, en Californie. La fréquentation d'Henry Miller, la rencontre avec Allen Ginsberg, écrivain et photographe confortent l'attachement du jeune homme à une existence libre, ainsi que sa curiosité intelligente des autres. La photographie, qui ne lui impose toujours aucun maître, trouve chez Bernard Plossu une manière directe, sans recherche d'effet. On pourrait parler d'une sorte de photographie-vérité proche du cinéma-vérité, qui enthousiasmait ses jeunes années de France, et qui se ferait témoin de sa propre existence, de ses amitiés et de ses échappées à travers la Californie.

Rentré en France en 1967, Bernard Plossu se professionnalise et collabore avec les éditions Atlas et avec l'agence Marco Polo. Il fournit à la commande des reportages en couleur de contenu touristique, comme le Luberon, les grands fleuves d'Europe, le Rhin ou le Rhône, et aux États-Unis, la Nouvelle-Angleterre et le Mississippi. L'Inde, qu'il photographie en 1970 à la faveur d'un voyage en compagnie de Bill Coleman, permet à Plossu de renouer avec sa sensibilité de promeneur. Ses images prises au grand-angulaire et en couleur paraîtront dans le magazine musical Rock & Folk. Cependant, le photographe reconnu qu'il est devenu, dont plusieurs expositions, notamment à la Bibliothèque nationale à Paris en 1975, à la Photographer's Gallery de Londres l'année suivante contribuent à faire connaître le travail personnel, rompt avec ces représentations spectaculaires de l'ailleurs. Son premier voyage au Niger, qui lui fait découvrir en 1975 les nomades Peul Bororo le conforte dans sa décision de rester au plus près de ce qui le touche, de refuser de produire des clichés attendus par les éditeurs, et de revenir à l'expression épurée du noir et blanc et d'adopter définitivement l'objectif de 50 mm qui permet une représentation exacte de l'espace, sans les exagérations du grand-angulaire. Le premier livre, Surbanalisme, défendait dès 1972 une photographie non spectaculaire, privilégiant l'intérêt de sujets simples et ordinaires.

Le Maroc, le fleuve Sénégal, le Nil prolon [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  PLOSSU BERNARD (1945- )  » est également traité dans :

PHOTOGRAPHIE (art) - Un art multiple

  • Écrit par 
  • Hervé LE GOFF, 
  • Jean-Claude LEMAGNY
  •  • 10 799 mots
  •  • 26 médias

Dans le chapitre « La pose de l'introspection »  : […] En faisant de sa vie privée l'élément essentiel de son œuvre, le Japonais Nobuyoshi Araki expérimente dès le début des années 1970 un emploi singulier de la photographie. Systématiquement datée, celle-ci devient la compagne de tous les instants vécus que résume la monographie Moi, la vie, la mort (2007). Modèle de toute une génération de jeunes photographes, l'œuvre essentiellement autobiographi […] Lire la suite

Pour citer l’article

Hervé LE GOFF, « PLOSSU BERNARD (1945- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-plossu/