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Entre mythe et histoire

Impact d'une réforme institutionnelle

Le tournant des années 1970-1980, marqué par les débats autour de la belgitude, a également vu la mise en place et l'autonomisation des instances fédérées (régions et communautés) du royaume de Belgique, dont les effets commencent alors à se faire sentir. À l'exception toutefois de la région de Bruxelles-capitale qui devra attendre 1989 pour sortir du « frigo » constitutionnel dans lequel entendait l’enfermer une classe politique flamande soucieuse – après avoir opéré une sorte de coup d'État institutionnel fusionnant région flamande et communauté flamande – de « reflamandiser » à long terme la ville.

Cette tentation séparatiste, favorisée par la supériorité économique et démographique de la Flandre, va de pair avec la croissance inquiétante, dans la partie flamande du pays, du Vlaams Blok, un parti nationaliste, raciste fascisant, condamné par la Cour de cassation, mais parfois proche de devenir la première force politique du nord du pays.

À l’inverse, les francophones entendaient, non seulement ne pas fusionner région et communauté, mais maintenir deux régions distinctes, Bruxelles et la Wallonie. À cet effet, ils choisirent Namur comme capitale de la Wallonie, alors que le « coup d'État » institutionnel flamand a installé à Bruxelles, région à part entière, non seulement les instances communautaires flamandes – les francophones s'y trouvent également – mais aussi régionales.

En revanche, l'appellation constitutionnelle que les parlementaires francophones ont retenue pour désigner les francophones de Belgique ne manque pas de poser problème et d'indiquer un rapport non résolu à la France. Parler de Communauté française de Belgique est certes tout le contraire d'une définition nationaliste mais indique à suffisance le rapport ambigu entretenu par les élites avec une idée de la culture et de la langue françaises qui réduit au périphérique ou à l'inexistant tout ce qui n'est pas proprement hexagonal. Cela avait d'ailleurs amené, dès 1979, le romancier René Swennen, par ailleurs militant rattachiste, à écrire un Belgique requiem, réédité en France (2005) par Jean-Claude Pirotte. À l'autre extrémité de l'arc-en-ciel des positions, cela devait pousser une série d'intellectuels, dont Jean Louvet, à signer en 1983 un Manifeste wallon tout en défiance à l'égard de la Communauté française de Belgique et à prôner le droit, pour le sud de la Belgique (hors Bruxelles donc), à une culture spécifique.

Cible des adeptes du néoclassicisme, tels Charles Bertin ou René Swennen attachés à la notion de la littérature française de Belgique et convaincus d'être des écrivains français à part entière, la belgitude et ses défenseurs mirent à nu des problèmes qui avaient à voir, non seulement avec l'histoire de la Belgique, mais aussi avec le système littéraire de langue française ; et donc, avec le destin littéraire et culturel des francophonies. Le choix par les enfants d'une ancienne puissance coloniale d'un terme forgé sur le modèle du mot « négritude » n'était évidemment pas dépourvu de signification. Il représentait entre autres choses une façon de désigner la marge d'autonomisation relative qui est jusqu'à présent, volens nolens, propre à l'ensemble des littératures francophones. Dussent certains, en Belgique et ailleurs, s'être hâtés de donner au mot belgitude un sens équivalent à celui de belgité, qui n'était pas celui de ses tenants (lesquels revivaient à certains égards l'aventure de leurs ancêtres de la Jeune Belgique et de leur devise « Soyons nous » et se trouvaient une nouvelle fois confrontés aux dérives de la désignation dans un pays où n'a jamais primé l'univoque mais le baroque), le fait est que ce qui se met en œuvre à partir de cette revendication est foncièrement de l'ordre du non-homogène. Rien d'étonnant dès lors si les adeptes de la belgitude ont joué, globalement, le jeu des institutions de la Communauté française de Belgique, homologue à plus d'un égard à leur propre situation comme à leur problématique. Rien d'étonnant non plus si les œuvres qui voient le jour dans les décennies 1980-1990 en portent assez visiblement la trace.

De la belgitude à la belgité ?

Cette perception du monde et de soi a bien sûr trouvé chez Pierre Mertens des transcriptions romanesques plus qu'intéressantes. Ainsi peut-on tout d'abord interroger Une p [...]

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Écrit par :

  • : directeur des Archives et du musée de la Littérature, Bibliothèque royale Albert-Ier, Bruxelles
  • : membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, ancien professeur à l'université de Liège, ancien professeur associé à la Sorbonne

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Pour citer l’article

Marc QUAGHEBEUR, Robert VIVIER, « BELGIQUE - Lettres françaises », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/belgique-lettres-francaises/