MASSIN BÉATRICE (1953- )

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Une écriture du mouvement

En 1993, Béatrice Massin fonde sa propre compagnie, Fêtes galantes. Elle explore l’espace entre une vision plutôt conservatrice de la danse baroque – qui la réduit à une reconstitution d’œuvres du passé – et une position moderniste, qui la voudrait hors de toute historicité, en la détachant de son style originel pour n’en garder que le vocabulaire.

Ses premiers spectacles s’inscrivent dans le droit fil de ceux de Francine Lancelot. Elle règle en 1993 la chorégraphie de Médée, un opéra de Marc Antoine Charpentier monté par le duo Christie-Villégier. L’année suivante, elle crée Charpentier des Ténèbres (sur les musiques de Lambert, Lully et Charpentier), une sorte de cheminement chorégraphique et musical qui conduit de l’Air de Cour au Magnificat à trois voix. En 1997, elle imagine Les Folies d’Espagne (musique de Marin Marais), un montage en forme de puzzle des chorégraphies de Raoul Auger Feuillet et Louis Pécour, et reprend Water Music de Haendel, avec les interprètes de sa compagnie. En 2001, elle crée pour le Ballet de Lorraine une œuvre très remarquée : Noir, du côté de Callot.

Parallèlement, elle collabore avec des cinéastes : en 1994, elle réalise la chorégraphie du film Jefferson à Paris de James Ivory ; en 1999, elle travaille avec Gérard Corbiau pour son film Le roi danse qui fera connaître la danse baroque à un large public. Béatrice Massin devient alors une référence en la matière. À partir des codes anciens, elle invente une nouvelle langue chorégraphique passionnante et d’une remarquable simplicité. En 2002, Que ma joie demeure, sur les Concertos brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach, est, à ce titre, un chef-d’œuvre : vitesse et allégresse sans le moindre maniérisme, danseurs silhouettés grâce à la sobre intelligence des costumes prouvent que le baroque peut se conjuguer au présent. Ses pièces suivantes vont continuer dans cette direction, comme Le Loup et l’Agneau (commande pour les Fables de La Fontaine, 2004), Songes (Lully, Vivaldi, Charpentier, Purcell ; 2009) ou encore D’ores et déjà (Rameau, 2013), une commande de l’Opéra de Paris pour le tricentenaire de l’école française de danse (en collaboration avec Nicolas Paul). Même si, la plupart du temps, ses chorégraphies restent ancrées dans la musique des xviie et xviiie siècles, elle s’autorise des incursions dans d’autres univers musicaux. C’est le cas pour Un voyage d’hiver (2006), créé à partir du cycle de lieder de Franz Schubert, et surtout pour son époustouflant Mass b (2016), dans lequel elle n’hésite pas à entremêler la Messe en si mineur de Bach à des œuvres du compositeur György Ligeti (1923-2006). Dans cette grande fresque humaine fondée sur la marche, Béatrice Massin évoque les populations fuyant leur pays.

Mass b, de Béatrice Massin

Photographie : Mass b, de Béatrice Massin

Confrontant perpétuellement le style baroque à la danse contemporaine, Béatrice Massin, avec sa pièce Mass b (interprétée ici en mars 2016 au Théâtre national de Chaillot, à Paris), met en scène le cheminement des populations exilées sillonnant la planète. Créé sur la Messe en si... 

Crédits : Patrick Cockpit/ Hans Lucas/ Compagnie Fêtes Galantes

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Depuis toujours passionnée par l’écriture du mouvement, Béatrice Massin a étudié la notation Laban avant de s’intéresser à la notation Feuillet (à qui on attribue le premier système de notation du mouvement) utilisée pour reconstituer des pièces de danse baroque. À travers ces partitions de danse, elle découvre une plus grande liberté d’interprétation et milite pour la diffusion de cet outil de connaissance. Dans son souci de comprendre, d’analyser, de conserver et de transmettre, elle a créé en 2003 l’Atelier baroque, une cellule de transmission et de recherche de la compagnie Fêtes galantes.

En 2012, elle publie le DVD Danse baroque, regroupant les plus belles pages du répertoire chorégraphique et musical, et destiné aux danseurs et aux musiciens, amateurs ou professionnels. Parallèlement, elle enseigne, depuis septembre 2012, la danse baroque à Sciences Po Paris.

En matière de transmission, Béatrice Massin ne se contente pas de théorie. Dans La Belle au bois dormant (2015), un de ses spectacles destinés au jeune public, on voit apparaître une toute jeune danseuse, Lou Cantor, qui n’est autre que sa fille. La relève et l’avenir d’une danse post-baroque sont donc bel et bien assurés.

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Agnès IZRINE, « MASSIN BÉATRICE (1953- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/beatrice-massin/