DOLLFUS AUDOUIN (1924-2010)

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Astronome – un des plus grands de son temps – et aéronaute – un des plus audacieux du xxe siècle –, le Français Audouin Dollfus naît le 12 novembre 1924, à Paris. Son père, Charles Dollfus, passionné par les choses de l'air, aéronaute titulaire des brevets de pilote de ballon et de dirigeable, sera le premier conservateur du musée aéronautique de Chalais-Meudon, inauguré en 1920, établissement qui donnera naissance au moderne musée de l'Air et de l'espace du Bourget.

Audouin Dollfus effectue son premier vol en ballon à l'âge de huit ans, et se passionne très tôt pour l'astronomie. Le 14 juillet 1941, c'est la révélation : le grand astronome amateur Jean Dragesco lui fait observer Mars dans sa lunette ; émerveillé par le spectacle de la planète rouge, le jeune homme décide de consacrer sa vie à l'astronomie. Bernard Lyot, le plus célèbre astronome français de la première moitié du xxe siècle, sera son mentor. Docteur en mathématiques en 1946, Audouin Dollfus devient astronome assistant à la section astrophysique de l'Observatoire de Meudon, où il franchira toutes les étapes : aide-astronome, astronome adjoint, astronome titulaire, astronome honoraire. Il se spécialise dans l'étude du système solaire, et prend la tête de la Commission des surfaces planétaires qui est créée en 1956 par la Société astronomique de France ; il organise notamment les échanges d'informations entre les astronomes professionnels et les astronomes amateurs.

Audouin Dollfus centre ses travaux sur le Soleil et sur les propriétés des surfaces planétaires, en se fondant sur l'étude de la polarisation de la lumière, méthode qui a été mise au point par Bernard Lyot. Mais, afin d'échapper aux effets perturbateurs induits sur les observations par l'atmosphère terrestre, il n'existe à cette époque qu'une seule solution : choisir un site d'observation le plus élevé possible. Audouin Dollfus se rend à l'Observatoire du pic du Midi de Bigorre, qui est considéré comme le meilleur site au monde pour ce type d'observation. Mais l'atmosphère terrestre y est encore trop épaisse, et des mesures précises de la lumière martienne sont impossibles. L'observateur aguerri va donc devenir un hardi explorateur, en mariant deux passions : les ballons et l'astronomie. En mai 1954, accompagné par son père, il effectue une ascension en ballon à 7 000 mètres d'altitude, avec, fixé à la nacelle, un télescope. L'eau n'est pas détectée dans l'atmosphère martienne, ce qui implique une teneur inférieure au centième de celle que l'on trouve sur Terre. Les résultats peuvent être améliorés en montant plus haut.

Audouin Dollfus décide de faire construire une nacelle sphérique étanche en aluminium très mince recouverte de polystyrène isolant, de 1,8 mètre de diamètre ; cette nacelle, conçue avec l'aide d'Auguste Piccard, est surmontée d'un télescope. Le 22 avril 1959, depuis la base de Villacoublay, il s'envole sous un étrange équipage de sa conception : la nacelle est accrochée à une grappe haute de 450 mètres, constituée de 103 petits ballons en caoutchouc regroupés par trois le long d'un câble central ; le « pilotage » de cette machine se fait par éclatement des ballons, afin de ralentir l'ascension, de stabiliser l'engin à une altitude donnée, puis d'effectuer la descente. L'ensemble se stabilise à 14 000 mètres, ce qui constitue un record du monde, avant d'atterrir en douceur cinq heures après le décollage. Les observations de Vénus et de la Lune sont couronnées de succès.

Audouin Dollfus

Photographie : Audouin Dollfus

Audouin Dollfus dans la nacelle de son dispositif ascensionnel, lors de la mission du 22 avril 1959, qui le verra battre un record du monde d'altitude en ballon, avec 14 000 mètres. Parti de Villacoublay à 20 h 5 min, Audouin Dollfus atterrira le 23 avril, à un peu plus d'une heure du... 

Crédits : Collection Audouin Dollfus

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Audouin Dollfus réussit une première détermination de la composition du sol martien, bien avant qu'une sonde automatique ne se pose à la surface de la planète rouge ; il étudie les propriétés de centaines de minéraux terrestres, et en conclut que seul un oxyde de fer, la limonite, correspond aux observations du sol de Mars. La quantité d'eau qu'il décèle dans l'atmosphère martienne est jugée suffisante pour envisager une certaine forme de vie.

Grâce à cette technique d'observation par polarisation de la lumière, Audouin Dollfus détecte également une atmosphère ténue autour de Mercure. Puis il se tourne vers Saturne, et, avec son équipe, étudie la structure des anneaux qui entourent la planète géante, s'évertuant à rechercher un nouveau satellite dont la présence expliquerait les perturbations dont ces anneaux semblent ê [...]

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Jean Claude FALQUE, « DOLLFUS AUDOUIN - (1924-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/audouin-dollfus/