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AŚVIN ou ASHVIN

Les Indiens védiques croyaient à l'intervention, au moment où le jour va paraître, de deux dieux jumeaux chevauchant dans le ciel (de là vient leur nom de « cavaliers », les Aśvin, sans doute pour ouvrir le passage à la déesse Uśas : Aurore). Le caractère hypothétique de cette interprétation tient au fait que le Veda, tout en associant constamment les Aśvin à la venue de l'aurore, ne décrit jamais la situation mythologique créée par l'intervention des jumeaux divins. On pense évidemment aux Dioscures grecs, mais il est étrange que les mythes védiques concernant les Aśvin soient orientés dans une autre direction : ils évoquent les jumeaux célestes en les présentant comme des thaumaturges, habiles à soigner leurs fidèles et à les guérir de leurs maladies et infirmités. Ainsi plongent-ils un vieillard dans une fontaine de jouvence pour lui permettre de plaire à la jeune femme qu'un roi lui a donnée, rendent-ils à un prêtre la tête qu'on lui a coupée, fournissent-ils des herbes curatives à tel autre, etc.

Outre ce rôle de « médecins des hommes et des dieux », les Aśvin sont également « maîtres en savoir » : ils instruisent, communiquent des secrets, enseignent des recettes magiques. Leur domaine est essentiellement celui des arts, à commencer par la musique ; mais ils savent aussi beaucoup de choses de l'agriculture et de l'élevage des chevaux. Cette fois, c'est à Orphée et Apollon que l'on pense, bien que le caractère « solaire » soit secondaire chez les Aśvin et qu'il ne soit jamais question de souffrance ni de mort dans les mythes qui leur sont propres. Pourtant, le fait qu'ils parcourent la Terre, se mêlent aux hommes, soignent les malades leur confère une impureté rituelle qui conduit les dieux à les écarter des cérémonies religieuses. Mais, par quelque ruse, les Aśvin trouvent le moyen de s'associer aux sacrifices et d'y recevoir leur part.

Selon les théories de Georges Dumézil sur l'idéologie tripartite des Indo-Européens, les Aśvin se situent au troisième niveau (dans la fonction de producteurs des richesses, celle qui a trait à la fécondité, à la prospérité, etc.). Sous le nom de Nāsatyas (que l'on retrouve également dans l'Avesta iranien), ils figurent, à la troisième place, dans la liste des dieux invoqués à titre de garants du traité d'alliance conclu entre un souverain hittite et le roi Mitanni (Anatolie, ~ xve s.) ; c'est là une preuve que les jumeaux thaumaturges appartiennent à la religion indo-européenne la plus archaïque.

— Jean VARENNE

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Écrit par

  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Lyon-III

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • NĀSATYA

    • Écrit par Jean VARENNE
    • 82 mots

    Autre nom des Ashvins (aśvin), les « Cavaliers de l'aurore », comparables aux Dioscures de la mythologie grecque. Le même vocable se retrouve dans l'Avesta iranien et il figure dans la liste des dieux établie au ~ xve siècle à l'occasion d'un traité entre un roi hittite et un souverain...

  • VEDA

    • Écrit par Jean VARENNE
    • 13 397 mots
    • 1 média
    Au troisième niveau, celui de la production des richesses et de la prospérité sous toutes ses formes, on trouve d'abord deux dieux jumeaux, les Aśvins, cavaliers du ciel (c'est le sens du mot aśvin) qui paraissent à l'aurore, comme les Dioscures grecs dont ils sont les homologues. Leur...

Voir aussi