TABUCCHI ANTONIO (1943-2012)

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Professeur de littérature, traducteur et essayiste, Antonio Tabucchi est l'auteur de récits fragmentés où s'affirme une écriture originale, nostalgique et inquiète, s'inspirant à la fois de la réalité toscane et de sa passion pour le Portugal. Le succès remporté par Nocturne indien l'a rapidement propulsé sur la scène internationale et lui a permis de s'imposer comme l'un des écrivains majeurs de sa génération.

Issu d'une famille laïque et résolument antifasciste, Antonio Tabucchi est né à Pise en 1943. Il a passé son enfance et son adolescence en Toscane et c'est à Vecchiano qu'il a écrit une bonne partie de ses récits. Après son baccalauréat, il suit des études de lettres modernes et rédige une thèse sur « Le Surréalisme au Portugal » ; il entre ensuite à l'École normale de Pise. Il a longtemps enseigné la langue et la littérature portugaises à l'université de Sienne.

Antonio Tabucchi, rêveur éveillé

Photographie : Antonio Tabucchi, rêveur éveillé

Le Jeu de l'envers, Nocturne indien, Rêves de rêves... Autant de titres qui soulignent combien la quête du double est essentielle chez Antonio Tabucchi. 

Crédits : Sophie Bassouls/ Sygma/ Corbis

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Une quête du regard

Son attachement profond à la Toscane s'exprime surtout dans ses deux premiers récits, Piazza d'Italia, qui remporte le prix de l'Inédit en 1975, et Le Petit Navire publié en 1978. En effet, ces premières œuvres, assez semblables, relatent le devenir de familles modestes, vivant dans de petits bourgs toscans isolés et malmenés par le cours chaotique de l'histoire italienne. Sagas atypiques, recourant parfois aux ressorts du pittoresque, ces récits annoncent déjà certains traits originaux, caractéristiques de son écriture. En premier lieu, leur forme morcelée, bouleversant l'ordre chronologique des événements, les fait échapper à la catégorie traditionnelle du roman, toujours rejetée par l'auteur. Mosaïque de fragments numérotés, Piazza d'Italia emploie le ton onirique et mystérieux de la fable, qui marquera beaucoup de ses récits. Ce rapport fluctuant au temps et les thèmes naissants du double, du rêve et du voyage, seront appelés à jouer un rôle capital dans son œuvre.

C'est en 1981, avec Le Jeu de l'envers, qu'Antonio Tabucchi commence de donner libre cours à son autre passion. La littérature et la culture cosmopolite du Portugal constituent désormais l'un de ses thèmes de prédilection. Ce premier recueil de nouvelles révèle le talent d'un écrivain confirmé, qui excelle dans la forme du récit bref. La figure fantasmatique et omniprésente du poète Fernando Pessoa, dont Tabucchi a traduit et commenté une bonne partie de l'œuvre, confère à ces histoires, riches en références intertextuelles, un ton profondément nostalgique qui confine parfois au lyrisme. Le regard énigmatique de l'étranger, voyageur ou immigré, interroge et ébranle l'ordre admis des situations familières. Mais le voyage est aussi source d'émerveillements et de découvertes exotiques, et c'est dans son second recueil de nouvelles, Femme de Porto Pim et autres histoires (1983), que l'auteur donne à ce thème sa pleine dimension. Il s'agit cette fois d'une visite poétique des coutumes et des paysages étonnants de l'archipel des Açores. On y voit en outre apparaître une seconde figure littéraire capitale, dans le récit Une baleine voit les hommes, en la personne de Carlos Drummond de Andrade, dont Tabucchi a traduit les poésies.

En 1984 paraît Nocturne indien, qui remporte en 1987 le prix Médicis étranger, venant ainsi couronner un large succès public et critique. Ce récit admirablement maîtrisé décrit le curieux parcours d'un homme à la recherche d'un ami qui se serait perdu, quelques années auparavant, dans une Inde labyrinthique, aux confins de l'horreur et du sublime. Son trajet fragmenté, où se mêlent rêves et souvenirs des amitiés anciennes, évoque avant tout une quête du double. Aux frontières du conscient et de l'inconscient, des multiples possibles et de l'improbable, l'écrivain conserve pourtant un regard sceptique et parfois teinté d'ironie qu'on retrouve dans Le Fil de l'horizon (1986). Là, l'enquête se fait plus explicite et rappelle même le roman policier, à la manière énigmatique d'un Leonardo Sciascia.

Les narrateurs inquiets et tourmentés des récits de Tabucchi semblent toujours rechercher un juste regard, une perception intime qui serait leur seule arme face à une réalité complexe, obscure et souvent trompeuse. Ces quêtes étranges d'un sens subtil et caché se heurtent cependant à une conscience lucide, aux accents violents et parfois cruels, de l'absurdité exaspérante de la condition humaine. Les Petits Malentendus sans imp [...]

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Écrit par :

  • : D.E.A. de littérature italienne contemporaine à l'université de Paris-III- Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Carina MEYER-BOSCHI, « TABUCCHI ANTONIO - (1943-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/antonio-tabucchi/