MUTZIG ANTON PAOLO (1892-1942)

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Né à Trieste — grand port de l'Empire austro-hongrois —, Mutzig appartient par ses origines à la fois à l'Europe centrale et à la culture italienne. Son père était négociant et éditeur, d'origine slovaque, et sa mère issue d'une riche famille juive italienne apparentée au banquier Revoltella — un des financiers du canal de Suez. Marqué très jeune par la disparition de son père, parti à la recherche des souvenirs de Maximilien, éphémère empereur du Mexique, Mutzig entreprend des études de médecine à Padoue avant de suivre, à Vienne, les cours de philologie et d'histoire de l'art, alors science réputée. Il demeurera très marqué par la personnalité de Max Dvǒrak et par la pensée d'Aloïs Riegl. Très tôt, il manifeste une vive curiosité pour les rencontres entre les cultures et les expressions artistiques, ce qu'il appelle la « migration des formes ». Il consacre sa thèse au Cabinet chinois de Wunsch à Trieste, magasin d'objets exotiques qui a fourni les amateurs de l'Europe centrale d'abord, puis de l'Europe du Nord et de l'Amérique. Il en établit le catalogue (non publié) en collaboration avec l'ethnologue Hugo Othmar Mietke, à partir des inventaires de la vente aux enchères de la collection, en 1892. Les dons d'analyse de l'historien — comme ses talents d'organisateur — le font remarquer de l'Administration impériale des musées de Vienne (alors en plein essor) qui lui demande d'étudier une réforme du statut des conservateurs. Parallèlement, il se voit confier l'Inventaire provisoire des jeux et jouets servant aux jeunes archiducs, resté inachevé après le renversement de la monarchie (1919). Démis de ses fonctions, il s'installe à Budapest, où il constitue la Bibliothèque de l'art magyar, à Prague, puis à Berlin où il prononce de nombreuses conférences dont certaines sont radiodiffusées. C'est d'ailleurs grâce à la radio autrichienne qu'il acquiert la notoriété avec son émission Die Kunst für alle (L'Art pour tous) qui marque les auditeurs et inspirera W. Benjamin pour ses émissions destinées à la jeunesse. Pendant plusieurs années, dans le sillage de J. von Schlosser, il rassemble des milliers de fiches en vue d'établir un corpus critique : Aufgang und Untergang der Kunstgeschichte. Toutes les pratiques, méthodes et recettes du métier d'historien de l'art sont relevées et commentées ; les réactions des amateurs et des artistes face à l'emprise des historiens de l'art sont regroupées ; le rôle du catalogue sur les fluctuations du marché de l'art est, pour la première fois, souligné. Mais l'ouvrage attendu et annoncé dans le milieu scientifique n'a jamais été achevé. Face à la montée des avant-gardes, Mutzig voulait souligner la nécessité d'un recul critique de la part des spécialistes, et c'est à Londres qu'il rédige un pamphlet, Time Is the Master, qui dénonce l'engouement trop rapide des critiques pour des courants contemporains, la redécouverte déjà trop médiatique des maîtres du passé, valorisés ensuite dans les grandes collections américaines (une polémique l'oppose à ce propos à B. Berenson).

Lors de l'Anschluss, il doit quitter l'Autriche et abandonner sa collection de copies, pastiches et répliques, peintes ou dessinées, véritable musée imaginaire reproduisant les œuvres disparues de maîtres célèbres (la collection sera saisie par le gouvernement nazi et une partie appartiendra à Goering). Exilé désormais, Mutzig séjourne un moment à Rouen où il enseigne l'italien, s'intéressant à l'importance des études anatomiques (il publie à Neufchatel-en-Braye : Sous le regard du père de Flaubert, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, la collection des cires anatomiques de Rouen).

En 1940, il s'embarque pour Londres où il retrouve une partie du Warburg Institut. Aux côtés des rescapés de la deuxième école de Vienne, il poursuit son travail, donne des conférences, diffuse régulièrement sur la B.B.C. des émissions destinées aux pays germaniques (Art dégénéré-Art régénéré). À Édimbourg, il fait un cours remarqué sur « La Vanité de l'attribution en histoire de l'art », attaquant à la fois la conception intuitive de l'œuvre d'art chère à Morelli et l'obsession de bâtir un corpus sous le nom d'un artiste. Au contraire, il prône le regroupement des formes — à travers les époques et les pays —, montrant combien est forte par exemple l'influence de la peinture du Tibet et de la Chine [...]

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Écrit par :

  • : historien de l'art, chargé de mission à la Caisse nationale des monuments historiques et des sites

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Jean-Pierre MOUILLESEAUX, « MUTZIG ANTON PAOLO - (1892-1942) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anton-paolo-mutzig/