BLAVIER ANDRÉ (1922-2001)

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Né le 23 octobre 1922 à Hodimont (Belgique), André Blavier commence à se passionner pour les « fous littéraires » alors qu'il est jeune bibliothécaire à Verviers. Il va rassembler ce qui deviendra une des plus belles bibliothèques consacrées non seulement à ce thème, mais aussi au surréalisme et à Raymond Queneau. Car sa rencontre avec l'auteur du Chiendent décide de sa vie, en même temps qu'elle lui révèle, à travers Les Enfants du limon, la passion commune qu'il partage avec lui pour les « fous littéraires » ou « hétéroclites ». Il entre en relation épistolaire avec l'écrivain dès 1949 (Raymond Queneau-André Blavier, Lettres croisées, 1988). C'est le début d'une admiration et d'une amitié profonde qui ne cessera qu'à la mort de Queneau en 1976.

La vie d'André Blavier a été aussi celle d'un agitateur des lettres belges et d'un revuiste. En 1952, il cofonde avec Jeanne Graverol le groupe et la revue Temps mêlés qui publiera, entre autres, Norge, Scutenaire, Chavée, Pansaers. Il se lie avec Noël Arnaud, François Caradec, Pascal Pia et entre au Collège de pataphysique, auquel il ajoute, dès 1964, l'Institut limbourgeois des hautes études pataphysiques. Il est de la fondation de l'Oulipo dont le projet naît en 1960 au cours de la décade de Cerisy-la-Salle consacrée à Queneau. Au lendemain de la mort de l'auteur de Pierrot mon ami, Blavier ouvre le Centre de documentation Raymond Queneau à Verviers. En 1978, il transforme sa revue en Temps mêlés-Documents Queneau avant d'animer, en 1982, le premier colloque international Raymond Queneau à Verviers.

La peinture passionna aussi André Blavier. Il mena à bien l'édition des Écrits complets de René Magritte (1979) et consacra une monographie à Maurice Pirenne, le peintre (1959). On peut regretter qu'il n'ait pas accordé plus de temps à son œuvre littéraire. Ubu rwé, traduction en wallon liégeois de la célèbre pièce de Jarry, La Roupie de cent sonnets (1955), Le Mal du pays (1983), La Cantilène de la mal baisée et un roman, Occupe-toi d'Homélies (1976), font en effet de Blavier l'inventeur d'une langue et d'un univers poétique dont pourront se réclamer des écrivains de la génération suivante, tel Jean-Pierre Verheggen.

Dès sa parution en 1982, Les Fous littéraires est devenu un classique. Une édition « considérablement augmentée » voit le jour en 2000. Loin d'une bibliographie traditionnelle, il s'agit d'une pérégrination à travers des milliers d'auteurs et de livres souvent déconcertants. Dans son introduction, Blavier donne sa propre définition de l'« hétéroclite » : un auteur non lu et sans disciples, produisant des œuvres parues en marge des savoirs officiels et à compte d'auteur. C'est donc un encyclopédisme parallèle et intempestif que le lecteur va découvrir à travers de longs résumés entrecoupés de citations : ouvriers de la langue universelle, archéologues de la langue originelle, inventeurs d'objets volants non identifiables, astronomes fous et météorologues brumeux, « preneurs d'opinion à témoin », hygiénistes à la santé mentale fragile forment un défilé où les désordres de la pensée et de l'imagination prennent le réel à rebours.

Comme André Blavier le souligne dans son introduction, l'hétéroclite est foncièrement paranoïaque. D'où la dimension de persécuteur-persécuté qui gouverne son existence vouée à la monomanie. Ces « cosmogones » ou ces « quadrateurs » furent-ils des génies méconnus ? Blavier ne le pense pas. Mais, en nous racontant indirectement leur histoire, il fait de cette bibliographie un roman à plusieurs milliers de personnages. Quelque chose comme de paradoxales « vies mode d'emploi ».

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FOUS LITTÉRAIRES

  • Écrit par 
  • Jean-Jacques LECERCLE
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Dans le chapitre « Essai de typologie »  : […] Un catalogue de ces fous littéraires, ainsi que quelques extraits de textes, ont été publiés depuis par André Blavier. Trois critères permettent de délimiter la catégorie, dont le représentant le plus célèbre est Jean-Pierre Brisset : ces auteurs ont publié leurs œuvres (en général à compte d'auteur) ; ils cherchent à communiquer leurs conceptions et donc à persuader le lecteur ; ils n'y sont pour […] Lire la suite

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Jean-Didier WAGNEUR, « BLAVIER ANDRÉ - (1922-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-blavier/