CARADEC FRANÇOIS (1924-2008)

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François Caradec est mort le 13 novembre 2008. Avec sa disparition c'est une époque qui semble se clore – celle des débuts du Collège de Pataphysique –, et un moment des lettres françaises où la « vie drôle » d'Alphonse Allais avait été remise à l'honneur : en témoigne L'Encyclopédie des farces et attrapes et des mystifications (1964) qu'il a dirigée avec Noël Arnaud. Mais François Caradec est surtout un écrivain singulier qui échappe à toute typologie de l'homme de lettres et qui, malgré la récente parution d'un roman noir autobiographique, Le Doigt coupé de la rue du bison (2008), aura paradoxalement fait passer son œuvre littéraire après ses nombreux travaux de recherche.

François Caradec est né le 18 juin 1924 à Quimper. Sa passion pour la littérature et pour le livre aurait dû le conduire à l'École des Chartes, comme il l'avait un temps projeté, mais la guerre de 1939-1945 interrompt ses études après son baccalauréat et le jette très jeune sur le pavé parisien. Il fait tous les métiers et rencontre bientôt, rue de l'Odéon, la communauté des habitués de la librairie d'Adrienne Monnier : Michel Leiris, Maurice Henry, Pascal Pia, Noël Arnaud, Raymond Queneau, Maurice Nadeau... Maurice Saillet qui seconde Adrienne Monnier le prend en amitié et va l'initier à la littérature qui s'écrit alors, celle de Michaux et d'Artaud. Caradec partage avec cette société une même culture fin-de-siècle. La création du Collège de 'Pataphysique en 1948 aura comme finalité de fédérer cette communauté savante désireuse de se consacrer en toute liberté à l'étude entre autres, de Rimbaud et de Jarry.

Lecteur d'Alphonse Allais depuis sa jeunesse, François Caradec voit derrière cet « amuseur » un authentique écrivain, et se consacre vite, avec la collaboration de Pascal Pia, à l'édition de ses œuvres complètes qui paraîtra de 1964 à 1970. Son premier livre est une biographie de l'auteur de la Famille Fenouillard : Christophe (1956), préfacé par Raymond Queneau. François Caradec est un chercheur impénitent dont la pratique repose sur le document et sa mise en contexte. Il ouvre toutes les « boîtes noires », notamment Lautréamont (1970), Raymond Roussel (1972, puis 1997), mais défriche aussi des secteurs inédits (Histoire de la littérature enfantine en France, 1977), et s'intéresse tôt à la bande dessinée (il introduit en France Little Nemo, de Winsor McCay).

François Caradec explore le xixe siècle comme on le fait d'un continent. Il semble avoir tout lu, la presse grande et petite, les publications infinitésimales comme les grands textes. Bien avant les philosophies de la différence, il montre une passion pour le marginal, le délaissé dès qu'il vient révéler la dimension latente d'une époque, telle qu'elle s'exprime dans des esthétiques émergentes, des personnages emblématiques. Ainsi de Jane Avril (2001), Willy (2003), du Café concert (en collaboration avec Alain Weill, 2007) ou de la dimension anthropologique qui pousse l'individu aux supercheries : La Farce et le sacré : fêtes et farceurs, mythes et mystificateurs (1977).

Toute la vie de François Caradec tourne autour du livre. Il va occuper plusieurs postes dans l'édition, du commis à la direction de collection en passant par la défense des auteurs. Il contribue à de nombreuses réussites éditoriales, les « guides noirs » chez Tchou, la collection En verve chez Pierre Horay. Mais il édite aussi Boris Vian ; publie un Dictionnaire du français argotique et populaire (1977), un Dictionnaire des gestes : attitudes et mouvements expressifs en usage dans le monde entier (2005).

Parmi cette centaine d'ouvrages se dissimule une œuvre personnelle dont les titres les plus connus sont La Compagnie des zincs (1986), Nous deux mon chien : portrait d'artiste (1983) mais qui compte aussi Monsieur Tristecon chef d'entreprise (1960). Beaucoup de textes sont encore disséminés dans les publications du Collège de 'Pataphysique et surtout dans les publications de l'OuLiPo, qu'il rejoint en 1983. Bibliophile, il laisse aussi un parodique Catalogue d'autographes rares et curieux (1998), à placer dans la tradition de la bibliothèque excentrique qui court de Nodier à Apollinaire, sans oublier Monselet.

François Caradec laisse l'image d'un écrivain atypique entre deux siècles, amoureux des textes, maniant avec dextérité toutes les regist [...]

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Jean-Didier WAGNEUR, « CARADEC FRANÇOIS - (1924-2008) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-caradec/