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La Teuthonia au Moyen Âge

Au-delà de la diversité des dialectes, qui vont en se différenciant de plus en plus, on retiendra un certain nombre de faits qui caractérisent l'histoire de la Teuthonia durant cette période.

Aire dialectale de la «Teuthonia»

Dessin : Aire dialectale de la «Teuthonia»

Aire dialectale de la «Teuthonia». Au Moyen Âge se dessinent les frontières de l'aire linguistique allemande. Il ne s'agit pas, toutefois, d'une unité de langue, et l'on distingue du bas allemand, parlé au nord, les dialectes haut allemands, le francique constituant une transition. À l'est... 

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Limites et extension

À l'ouest, la frontière linguistique entre roman et germanique se fixe. Les territoires les plus méridionaux sont reromanisés et la ligne de partage actuelle est à peu de chose près atteinte vers le xe siècle. Il semble que ce soit dans ces régions que le mot deutsch soit né : il aurait signifié « de notre peuple, qui parle notre langue », par opposition aux voisins de langue romane.

Au sud, la frontière linguistique s'aligne très grossièrement sur la chaîne alpine, mais elle est restée longtemps instable. À l'est, par contre, la Teuthonia ne cesse de s'étendre au-delà de l'Elbe, à partir du moment où la poussée slave est contenue : la Vistule est franchie dès le xiiie siècle, les chevaliers de l'ordre Teutonique propageant à la fois l'allemand et le christianisme. Le bilinguisme germano-slave est général dans la plupart des territoires à l'est de l'Oder ; un îlot slave, celui du pays sorabe, existe aujourd'hui encore au sud-est de Berlin. Mais la dernière guerre a provoqué un reflux quasi total de l'allemand jusqu'à la ligne Oder-Neisse.

Évolution de la langue

Conséquence probable de la fixation de l'accent sur la syllabe radicale (en général initiale), les voyelles des autres syllabes se confondent toutes peu à peu en un timbre central unique. En syllabe tonique, des diphtongaisons et monophtongaisons, variables selon les dialectes, bouleversent plusieurs fois les systèmes phonologiques. À la fin de la période, l'évolution depuis longtemps entamée vers le nivellement de la durée de la syllabe s'achève (rā-ten avec une seule consonne, bit-ten avec une consonne prononcée double à cette époque).

Un système verbal à trois modes, trois temps et deux aspects se constitue, succédant à un système qui ne connaissait que deux modes, l'indicatif et le subjonctif, et deux temps, le présent et le passé. L'extension de l'emploi de l'article, la spécialisation des déclinaisons forte et faible de l'adjectif marquent la constitution d'un groupe nominal, qui est désormais l'unité de compte en déclinaison. Enfin, l'ordre des éléments, spécialement la place du verbe, évolue pour arriver à l'usage moderne.

Ces remarques valent, à vrai dire, surtout pour le haut-allemand, et encore les innovations ne vont-elles pas au même rythme dans tous les dialectes. Car il n'y a pas d'unité linguistique. Après la relative barbarie de l'époque des migrations, la renaissance carolingienne, centrée sur le Rhin moyen, ne paraît pas avoir imposé de langue officielle, ce rôle étant joué par le latin. Par contre, à partir de cette époque, le vocabulaire abstrait s'affine et s'enrichit, que ce soit par des emprunts au latin ou par la formation de nombreux dérivés et composés : Notker de Saint-Gall, au xe siècle, et les mystiques du xiiie siècle jouent là un rôle important, même si leurs créations subsistent rarement.

La langue littéraire vers 1200

Pendant longtemps, le foyer de la vie économique et intellectuelle se trouve au sud, en Suisse et en Bavière, le Nord-Ouest bas francique étant mis à part. C'est ce qui explique que la grande littérature des environs de 1200 soit écrite dans une langue moyenne dont les principales caractéristiques sont méridionales ; mais cette koiné ne fut jamais que la langue d'une classe chevaleresque réduite et disparut avec elle. C'était pourtant la première tentative d'unification linguistique en domaine haut allemand. De cette époque, très influencée par la culture courtoise française, l'allemand a conservé de nombreux emprunts (Lanze, Abenteuer, Preis, Tanz, fein, etc.), et même les suffixes -ieren (spazieren) et peut-être -ei (Bäckerei).

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Aire dialectale de la «Teuthonia»

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Système des voyelles

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Système des consonnes

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de linguistique des langues germaniques à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Paul VALENTIN, « ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES) - Langue », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemandes-langue-et-litteratures-langue/