ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES)Langue

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L'unification linguistique

Domaine néerlandais

Les tentatives d'unification portent des fruits durables plus tôt dans le Nord-Ouest, sans doute parce que l'évolution politique et économique y est en avance sur les autres régions de la Teuthonia. Dès le xiii-xive siècle, une langue véhiculaire, administrative et littéraire se constitue dans les villes drapières, Bruges, Gand, et à Anvers : elle est à dominante flamande. À côté, Bruxelles développe une langue plutôt brabançonne, mais le français y est tôt langue de prestige.

La domination espagnole, au xvie siècle, a pour conséquence de faire refluer la vie intellectuelle dans les villes de Hollande, Amsterdam, La Haye, Leyde, qui possédaient déjà, elles aussi, une langue commune. À partir du xviie siècle, la fusion du flamand avec celle-ci aboutit à la constitution du hollandais, qui, favorisé par la généralisation du calvinisme et l'unité politique des Provinces-Unies, s'impose peu à peu à tout le pays. L'aire dialectale frisonne, atteinte par ce phénomène, recule ; elle compte au début des années 1990 plus de 400 000 personnes.

La Belgique flamande, où le français était langue de culture, réagit cependant et essaie de recréer une koiné originale différente du hollandais. Les nécessités de la vie moderne, l'école, la presse, etc. finissent pourtant par imposer l'usage de la même langue des deux côtés de la frontière : c'est le néerlandais (Algemeene Beschaafd Nederlands), devant lequel les dialectes reculent assez vite actuellement, surtout aux Pays-Bas. En France, dans les arrondissements de Dunkerque et Hazebrouck, le flamand n'est qu'un patois. Le néerlandais est la langue écrite d'environ vingt millions de personnes.

En Afrique du Sud, le hollandais des colons a subi l'influence du bantou, du français, de l'allemand et surtout de l'anglais des immigrants ultérieurs : l'afrikaans, parlé par environ quatre millions de personnes, est sensiblement différent du néerlandais ; la rivalité est vive avec l'anglais, qui l'emporte en général.

Naissance de la Hochsprache

Dans le reste de la Teuthonia, le morcellement politique, l'immensité du domaine, les différences marquées entre dialectes s'opposèrent plus longtemps à la naissance d'une langue commune, que l'imprimerie et l'extension de l'instruction rendaient pourtant nécessaire. C'est dans les chancelleries des puissantes villes de la fin du Moyen Âge que les premiers signes apparaissent, mais les imprimeurs utilisaient au moins quatre types bien distincts : le bas allemand des villes de la Hanse, l'allemand supérieur d'Augsbourg (les Fugger) et des Habsbourg, l'alémanique des villes suisses, et surtout l'allemand moyen tel qu'il était en usage à Prague, Leipzig, Meissen. On trouvait également celui-ci dans les régions de l'Est, comme la Silésie, où l'afflux de colons venus de tous les horizons dialectaux avait imposé de bonne heure un parler moyen, exempt des particularismes les plus voyants.

L'effondrement de la Hanse donne à l'allemand moyen l'occasion de s'implanter dans le Nord, tandis que la Rhénanie est soumise aux influences de l'allemand supérieur. On voit alors les deux langues communes principales se rapprocher et finir par se fondre en une Hochsprache, ou Hochdeutsch ; les caractères d'allemand moyen l'emportent cependant. Luther, originaire de Thuringe, en traduisant la Bible dans cette variété d'allemand, a puissamment contribué à sa diffusion : la Contre-Réforme, un instant tentée de se servir de formes plus méridionales, dut très vite parler la langue de ses adversaires, codifiée pour la première fois par un grammairien en 1663.

Mais il s'agit pendant longtemps d'une langue écrite, celle de l'administration et de la littérature, que chacun prononce à sa façon lorsqu'il ne parle pas son dialecte. Elle n'est vraiment acceptée partout qu'à la fin du xviiie siècle, lorsqu'une grande littérature lui assure assez de prestige. Les Suisses sont les derniers à l'adopter.

La Teuthonia actuelle comporte donc deux langues officielles, qui se superposent aux dialectes encore employés fréquemment, au moins à la campagne. Dans les villes, on utilise souvent un Hochdeutsch fortement coloré par le parler local : c'est la Umgangssprache. On est donc encore loin, sinon de l'unité, du moins de l'uniformité linguistique. En France, l'Alsace et le nord de la Lorraine font toujours un usage courant du dialecte.

Le yiddish

Il doit être rattaché à la Teuthonia, mais ne correspond à aucune région précise. C'est la forme prise par les dialectes allemands des Juifs d'Allemagne et d'Europe centrale et orientale. Ses origines remontent à l'installation sur le Rhin moyen, au xie siècle, de Juifs venus de France. Le yiddish a subi l'influence des langues slaves, mais l'essentiel de sa grammaire et de son vocabulaire sont allemands. Il a fourni à l'allemand un certain nombre de mots, surtout d'argot (Blech, Schmiere stehen, mies, etc.).

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Aire dialectale de la «Teuthonia»

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de linguistique des langues germaniques à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Paul VALENTIN, « ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES) - Langue », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemandes-langue-et-litteratures-langue/