IZETBEGOVIĆ ALIJA (1925-2003)

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Père de la Bosnie indépendante et symbole de la résistance durant le siège de Sarajevo, Alija Izetbegović aimait à se présenter comme un musulman modéré et un pacifiste.

Il est né le 8 août 1925 à Bosanski Samac dans une famille de la bourgeoisie musulmane de Bosnie. Contrairement aux autres signataires des accords de Dayton, à l'automne de 1995, le Croate Franjo Tudjman et le Serbe Slobodan Milošević, Alija Izetbegović n'a jamais été titiste. Avocat de profession, il n'a jamais dissimulé ses convictions religieuses et son anticommunisme. D'ailleurs, dès son accession à la présidence de la Bosnie indépendante, il supprima les symboles commémorant les victoires des partisans antifascistes.

En 1943, il entreprend des études supérieures à Sarajevo et milite dans l'organisation Mladi musulmani (« Jeunes Musulmans ») liée aux Frères musulmans égyptiens et proche du régime collaborateur croate oustacha et de l'occupant allemand.

Après la dissolution de Mladi musulmani à la libération, Alija Izetbegović entre dans l'association culturelle musulmane Preporod (« Renaissance »). En 1946, le régime titiste ferme les écoles coraniques, les tribunaux islamiques et les associations culturelles musulmanes. Il est emprisonné une première fois, de 1946 à 1948, avant d'être condamné en 1951 à trois nouvelles années, pour « activités subversives ».

La publication en 1970 de sa fameuse Islamska deklaracija (Déclaration islamique) lui vaudra encore quelques mois de prison en 1972. Ces trois condamnations durcissent son engagement. En 1982, deux ans après la mort de Tito, il publie L'Islam entre l'Est et l'Ouest. Ce nouvel ouvrage le mène devant un tribunal en juillet 1983, avec douze autres co-inculpés, pour « propagande hostile, activités panislamiques, liens avec l'Iran et tentative de transformer la Bosnie en un État islamique ». Condamné à quatorze ans de prison, il est finalement libéré en 1988.

En mai 1990, il fonde à Sarajevo le Parti de l'action démocratique (Stranka demokratske akcije). Le S.D.A. se veut le parti des Musulmans slaves de toute la Yougoslavie : en Bosnie-Herzégovine, au Sandjak et chez les Gorans-Torbes du Kosovo et de Macédoine. En revanche, le S.D.A. se refuse à recruter chez les Albanais.

Aux premières élections libres en Bosnie, en décembre 1990, le S.D.A. s'allie avec les partis nationalistes des Croates (H.D.Z.) et des Serbes (S.D.S.) de Bosnie, pour chasser les titistes qui soutiennent la multi-ethnicité de la République.Le même mois, il est élu président de la Bosnie-Herzégovine, qui proclame son indépendance en octobre 1991 (elle sera effective en mars 1992).

Au printemps de 1992, la guerre serbo-croate atteint la Bosnie. Pour nombre de Musulmans bosniaques, il devient le « Dedo », le grand-père, celui qui, contre vents et marée, va se battre pour la survie de la Bosnie-Herzégovine. Lors de la guerre qui ravagea le pays, de 1992 à 1995, son attitude fut ambiguë. Face aux diplomates occidentaux, il prônait une Bosnie multi-ethnique. Mais, face à ses coreligionnaires, il militait pour un pays confessionnel, suivant les préceptes d'un Islam éclairé. N'ayant pas préparé son armée, car il pensait pouvoir éviter la guerre, il a dû rapidement compter sur l'argent des fondamentalistes du Golfe et sur l'appui des volontaires islamistes venus de l'ensemble du monde musulman. De 1992 à 1994, il laissa ces derniers commettre des exactions. Par ailleurs, sous sa direction, le S.D.A. s'est corrompu et a pris des allures fort peu démocratiques. La nouvelle Bosnie indépendante est ainsi devenue le repaire de toutes les mafias balkaniques.

Au début de la guerre, il s'allie avec les Croates contre les Serbes, puis, en 1993-1994, il se bat seul contre les deux autres. Au printemps de 1995, sous la pression de Washington, il se réconcilie avec les Croates. Il peut ainsi lancer une offensive qui fait reculer les forces serbes de Pale, commandées par le sinistre général Mladić, et conduit aux accords de Dayton en novembre 1995.

Dans la nouvelle Bosnie divisée en deux parties (la Fédération croato-musulmane et la Republika Srpska), il est élu en 1996 le premier Président de la présidence collégiale tripartite. Contrairement à Franjo Tudjman, mort dans son lit en 1999, et à Slobodan Milošević, transféré devant le T.P.I.Y., à La Haye, en 2001, Alija Izetbegović est le seul dirigeant de ce conflit à avoir quitté de son plein gré le pouvoir. En octobre 2000, il démissionne de la présidence collégiale et abandonne toutes ses fonctions officielles. Épuisé, il s'éteint à Sarajevo le 19 octobre 2003.

Présidence collégiale de la Bosnie, octobre 1998

Photographie : Présidence collégiale de la Bosnie, octobre 1998

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Crédits : PA Photos

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  • : docteur en histoire du xxe siècle de l'Institut d'études politiques, Paris, journaliste, membre du comité de rédaction de la revue Confluences Méditerranée

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Pour citer l’article

Christophe CHICLET, « IZETBEGOVIĆ ALIJA - (1925-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alija-izetbegovic/