STROESSNER ALFREDO (1912-2006)

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Né à Encarnación, d'un père émigré allemand et d'une mère paraguayenne, Alfredo Stroessner est d'abord élève de l'École militaire. À vingt ans, sous-lieutenant, il prend part à la guerre du Chaco (1932-1935) contre la Bolivie. Devenu capitaine, puis colonel, il se distingue par son ardeur à réprimer les éléments progressistes lors de la guerre civile qui secoue le pays sous la dictature du général Morinigo (1940-1948). Chef de l'armée en 1951, il s'installe à la présidence trois ans plus tard à l'issue d'un putsch. Ayant supprimé les garanties constitutionnelles, il appuie son pouvoir sur l'armée, sur les fonctionnaires acquis au régime et sur les grands propriétaires terriens ; il écrase les grèves de 1958-1959 ainsi que les guérillas (1960-1965), épure l'armée et interdit les partis. Parallèlement, il s'emploie, avec l'aide des Américains, à développer l'économie paraguayenne, notamment en promouvant une réforme agraire. Ses réélections successives à la tête de l'État consolident encore son pouvoir ; il est toutefois à noter que, pour se faire réélire constamment depuis 1954 à la présidence de la République et conserver un régime qui lui soit favorable, le général Stroessner a modifié la Constitution de 1940, qui interdisait qu'un président exerce plus de deux mandats successifs, et fait adopter une loi électorale « discriminatoire et injuste » — selon le Parti démocrate-chrétien, qui est tenu à l'écart — accordant d'emblée les deux tiers des sièges parlementaires au parti du président, le parti Colorado. La loi interdit en outre la présence de communistes sur le territoire paraguayen.

Depuis que les États-Unis ont tenté d'imposer, avec la politique de l'Alliance pour le progrès, une relative démocratisation au régime, Stroessner n'est plus candidat unique aux élections présidentielles ; mais le monopole du parti Colorado sur les médias ainsi que la liberté de réunion accordée à ce seul parti font que les élections se déroulent dans l'indifférence générale. L'Église catholique s'oppose vivement au président, demandant l'arrêt des tortures et un traitement humain des prisonniers, mais l'épiscopat ne peut empêcher l'internement ou l'expulsion de certains de ses membres.

En 1989, un an après sa huitième élection, le général Stroessner est déposé par le général Andrès Rodriguez, ancien numéro deux du régime, qui engage le pays sur la voie de la démocratisation. Stroessner s'exile au Brésil, où il reçoit l'asile politique. Condamné par contumace pour crimes contre l'humanité et diverses atteintes aux droits de l'homme, à la suite de la découverte des « Archives de l'horreur », des documents des services secrets paraguayens et du plan Condor (plan conjoint entre les dictatures d'Amérique du Sud pour éliminer les opposants), l'ancien dictateur est mort à quatre-vingt-treize ans à Brasília.

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Dans le chapitre « Les mouvements d'opposition »  : […] Pendant que le parti officiel se désagrège, l'opposition s'élargit et, pour la première fois depuis la guerre civile de 1947, il existe une volonté de gagner des espaces autres que ceux que la dictature permet d'occuper. Depuis 1986 se dessine une dynamique des mouvements de rue débutant avec les médecins et les infirmières de l'hôpital de Cliniques (national) qui réclament des augmentations de s […] Lire la suite

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Gérard PONTHIEU, « STROESSNER ALFREDO - (1912-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alfredo-stroessner/