GUINZBOURG ALEXANDRE ILITCH (1936-2002)

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Alexandre Guinzbourg fut l'un des plus célèbres dissidents soviétiques et joua un rôle majeur dans la définition des principes et des méthodes de cette dissidence. Né le 21 novembre 1936 à Moscou, il affirma très tôt son refus du conformisme : à treize ans, dans un pays qui prônait l'athéisme, il se fit baptiser ; à seize ans, alors que l'antisémitisme se déchaînait en U.R.S.S., il choisit d'être de nationalité juive, et non russe. En 1959, il créa Sintaxis, l'une des toutes premières revues diffusées en U.R.S.S. par le samizdat, c'est-à-dire par des canaux non officiels. Elle contenait essentiellement de la poésie et, en 1960, valut à son concepteur d'être condamné à deux ans de camp, même si le motif officiel était autre.

En 1966, deux écrivains, Andreï Siniavski et Iouli Daniel, furent jugés pour avoir publié des textes de fiction à l'étranger, sous pseudonymes. Alexandre Guinzbourg décida de regrouper dans un Livre blanc la transcription du procès, les articles de presse et les très nombreuses lettres et pétitions signées pour défendre les accusés. Après les notes prises au procès de Joseph Brodski, ce Livre blanc offrit un modèle et un style à la dissidence de Russie laquelle, désormais, s'efforcerait de présenter des faits et des discours bruts, de la façon la plus neutre et complète possible.

Arrêté le 23 janvier 1967, Alexandre Guinzbourg fut jugé du 8 au 12 janvier 1968, en même temps que Iouri Galanskov, Véra Lachkova et Alexeï Dobrovolski, pour « agitation et propagande antisoviétiques ». Il ne se reconnut pas coupable, mais fut condamné à cinq ans de camp. Son procès suscita, en U.R.S.S. même, des dizaines de lettres et pétitions qui défendaient les inculpés et exigeaient un procès réellement public. Dans les camps, Alexandre Guinzbourg poursuivit son action : il fit mieux connaître le sort des prisonniers et développa les contacts entre ceux-ci et des membres de l'intelligentsia moscovite disposés à les aider.

Libéré le 22 janvier 1972, il entreprit aussitôt, en accord avec Alexandre Soljénitsyne, de mettre sur pied le Fonds social russe d'aide aux personnes persécutées et à leurs familles, ou Fonds Soljénitsyne, auquel l'écrivain consacra la moitié de son prix Nobel, puis l'intégralité des droits de L'Archipel du Goulag. Ce fonds, dont la création fut annoncée en 1974, envoyait des colis aux détenus, payait les honoraires de leurs avocats et versait des allocations, régulières ou occasionnelles, aux familles. Pour la première fois, des Soviétiques n'étaient plus seuls et désarmés devant la machine des répressions.

Le 12 mai 1976, Alexandre Guinzbourg devint l'un des onze membres fondateurs du Groupe social pour l'aide à l'application des accords d'Helsinki en U.R.S.S., qui dénonçait, faits à l'appui, les violations des droits de l'homme dans le pays. Le 3 février 1977, il fut arrêté, ce qui suscita une mobilisation importante en Occident et dans certains cercles soviétiques. Jugé pour la troisième fois en juillet 1978, toujours pour « agitation et propagande antisoviétiques », il fut condamné à huit ans de camp et trois ans de relégation. Irréductible, il continua, en détention, à exiger le respect des droits de l'homme en U.R.S.S.

Le 27 avril 1979, il fut « échangé », avec quatre autres dissidents, contre deux espions soviétiques emprisonnés aux États-Unis. Il s'installa outre-Atlantique, chez Alexandre Soljénitsyne, puis, en juillet 1980, partit pour la France avec sa famille. Il y représenta d'abord l'A.F.L.-C.I.O., le syndicat américain, avant de rejoindre, en 1986, La Pensée russe, l'hebdomadaire de l'émigration russe à Paris. Pendant la perestroïka, il prit position contre Mikhaïl Gorbatchev, qu'il ne croyait pas capable de mener les réformes nécessaires. Il ne fut d'ailleurs autorisé qu'en 1992 à retourner en Russie, où il se rendit, par la suite, régulièrement. Déjà malade, il dénonça les guerres en Tchétchénie.

Avec le sens de l'humour qui le caractérisait, Alexandre Guinzbourg affirmait ne pas être un dissident : « Si l'on revient à l'origine du mot, c'étaient des hérétiques du Moyen Âge. Et moi, je ne suis pas un hérétique ! Je suis journaliste ! » En revanche, il ne plaisantait pas sur ce qui avait été le moteur de son combat : « La liberté intérieure est comme une drogue : pour elle, on est prêt à payer tout ce qu'il faut. »

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Écrit par :

  • : docteur en science politique, professeur des Universités en études russes et soviétiques

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Pour citer l’article

Cécile VAISSIÉ, « GUINZBOURG ALEXANDRE ILITCH - (1936-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-ilitch-guinzbourg/