DOUGLAS-HOME ALEXANDER FREDERICK (1903-1995)

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Descendant d'une fort ancienne dynastie écossaise, qui lui vaut, en 1951, d'hériter du titre de quatorzième comte de Home, Alexander Frederick Home brise cette continuité. Mort à quatre-vingt-douze ans, le 9 octobre 1995, dans le Berwickshire où il s'était retiré, il n'est en effet alors que pair viager, avec le seul titre de lord Home of the Hirsel qui lui fut conféré en 1974 : entre-temps, en 1963, bénéficiant du très opportun Peerage Act, il avait pu renoncer à sa pairie et accéder au poste de Premier ministre du Royaume-Uni, réservé de fait, depuis 1902, aux roturiers, seuls habilités à s'exprimer devant les Communes. Sous son nouveau patronyme de sir Alec Douglas-Home, il occupa pendant quelque onze années le siège de député de Kinross, après avoir, de 1931 à 1951, à l'exception de la coupure de l'“ère socialiste” de 1945-1950, représenté la circonscription de Lanark.

Cet aristocrate, passé par le moule de la célèbre école privée d'Eton et de l'université d'Oxford, avait très naturellement trouvé sa place dans le parti conservateur ; il avait été remarqué par Neville Chamberlain qui, entre 1937 et 1940, en avait fait un chargé de mission parlementaire auprès de lui pour les affaires de politique étrangère et l'avait emmené à Munich ; en 1945, Anthony Eden, alors ministre des Affaires étrangères, le nomme sous-secrétaire d'État, poste qu'il occupera quelques mois. Ses qualités lui valent, après le retour au pouvoir des tories en 1951, d'occuper des fonctions ministérielles variées, d'abord aux Affaires écossaises puis, de 1955 à 1960, aux Relations avec le Commonwealth, tout en jouant de plus en plus le rôle de porte-parole du cabinet à la Chambre haute, où, dès 1960, il préside le groupe parlementaire de son parti. Appelé par le Premier ministre Harold Macmillan aux Affaires étrangères (1960-1963), il le sert avec brio dans la période délicate du grand tournant de la décolonisation africaine, de la gestion de l'élargissement d'un Commonwealth dont la République sud-africaine, où règne l'apartheid, doit renoncer à demeurer membre, et surtout de la concession historique au Continent lors des premières négociations pour l'entrée de son pays dans la C.E.E.

Le 18 octobre 1963, celui que l'on considère comme un “brillant amateur”, mais aussi comme un homme d'État moins “étincelant” que Richard Butler ou même que Reginald Maudling, ses grands rivaux, doit au fameux “cercle magique” des “barons” de son parti et au conseil que Harold Macmillan, malade, donne à la reine Élisabeth d'accéder au 10, Downing Street. Il disposera de moins d'un an pour mettre son parti en ordre de bataille pour des élections générales, qu'il perdra face au brillant et alors jeune chef du Parti travailliste, Harold Wilson. Il n'a pas persuadé les électeurs de sa capacité à résoudre les graves problèmes du déclin économique du Royaume-Uni et, le veto français ayant rendu impossible l'entrée dans l'Europe communautaire, il n'a guère eu de solution à offrir. Battu aux élections du 15 octobre 1964, il prend acte avec dignité de la fragilité de sa situation politique, soulignée par sa difficulté à contrer un Premier ministre féru d'économie politique et apte à jongler avec chiffres et statistiques. Il démissionne, et, au mois d'août suivant, selon une procédure enfin démocratique de désignation, Edward Heath lui succède à la tête de l'opposition. Et, imitant l'exemple de son ancien chef, Neville Chamberlain en 1940, il accepte de servir sous ce nouveau leader, au sein du cabinet fantôme, puis, après la victoire des conservateurs en juin 1970, de retourner effectivement aux Affaires étrangères.

Même si le Premier ministre d'alors dirige activement la politique générale de son gouvernement et négocie en personne les accords européens, sir Alec s'acquitte avec beaucoup d'énergie et de compétence d'une tâche qui le contraint à affronter la crise du Commonwealth lors de l'affaire du Bangladesh et des controverses sur l'Afrique du Sud et la Rhodésie du Sud, à prendre position dans la grande crise moyen-orientale et pétrolière de 1973, à jouer son rôle dans l'immense débat national ouvert par la question de l'adhésion à la C.E.E., à préserver aussi les meilleures relations possibles avec les États-Unis quand ceux-ci, sous Richard Nixon, semblent bien se détourner de toute “relation spéciale” et quand le Royaume-Uni doit reconnaître son impuissance militaire dans une bonne moitié du globe.

Dans ce rôle relativement plus effacé de mentor, il échappe à l'impopularité qui va emporter Edward Heath et, lorsque ce dernier est vaincu aux élections de 1974, il se retire de la vie politique active en suscitant des manifestations de regret qui n'étaient pas feintes.

L'aristocrate comte de Home n'était peut-être pas le mieux “né pour gouverner” au sommet de l'État, et, en 1964-1965, les travaillistes jouèrent parfois cruellement de la comparaison entre cet ancien pair du royaume et le dynamique Harold Wilson. Ce dernier n'alla-t-il pas jusqu'à dire à ses intimes, parlant du chef de l'opposition, qu'il constituait son “grand atout” ? Il fut pourtant loin de déparer le groupe des “hommes d'État amateurs” qui, à travers les âges, ont souvent paru aux Britanniques mieux faits pour les guider vers le renouveau que des intellectuels ou des experts.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Roland MARX, « DOUGLAS-HOME ALEXANDER FREDERICK - (1903-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alexander-frederick-douglas-home/