KAHN ALBERT (1869-1942)

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La carrière et l'œuvre de l'architecte-ingénieur américain Albert Kahn se sont déroulées entre les dernières années du xixe siècle et les débuts de la Seconde Guerre mondiale. Ce non-conformiste de génie sut conquérir le marché à défaut d'être aisément reconnu par ses pairs, mais il est admis aujourd'hui qu'il a exercé une influence décisive à l'échelle mondiale sur l'évolution de l'architecture industrielle. Kahn appartient à ces générations d'immigrants de l'Europe centrale (il est né en 1869 à Rhaunen en Allemagne) qui ont fourni aux États-Unis tant d'ingénieurs et d'architectes dont les réalisations ont marqué durablement les infrastructures et le mode de construire propre à ce pays.

Trois traits peuvent résumer l'originalité de son cas : sa formation d'autodidacte et la flexibilité de son talent ; l'invention d'un style nouveau de relations avec la clientèle ; des innovations radicales tant au niveau de la production même des bâtiments, qu'à celui de l'organisation du travail dans une agence d'architecture et d'ingénierie : celle qu'il créa très vite pour son propre compte poursuit sa carrière de nos jours dans un immeuble construit spécialement pour Albert Kahn Associates, au cœur du Detroit de l'entre-deux-guerres.

Kahn n'est issu d'aucun de ces départements universitaires d'où sortaient généralement ceux qui s'intitulaient par la suite architectes, et où l'on étudiait l'histoire de l'art et de l'architecture. Il s'est formé en mettant la main à la pâte, au sortir de l'adolescence, dans un cabinet d'architectes, mais aussi en voyageant, notamment en Italie, et en remplissant de dessins des carnets qui devaient ultérieurement soutenir son inspiration. Cet expert entre les experts en matière de fonctionnalisme, créateur d'une esthétique au second degré qui se dégage d'elle-même d'une technicité qui est celle des matériaux et des exigences du travail industriel, fut pourtant aussi l'architecte prêt à toutes les variations imposées par les commandes des secteurs les plus divers de la société civile et urbaine, le virtuose de l'éclectisme stylistique. Il a construit des milliers de bâtiments industriels, où sa marque est immédiatement reconnaissable, mais aussi des dizaines de bâtiments publics, sur le campus de la Michigan University à Ann Arbor ou dans le centre de Detroit qu'il a embelli de quelques gratte-ciel inoubliables tels que le Fisher Building, sans parler d'un certain nombre de résidences privées.

Si Kahn s'est constitué une puissante clientèle auprès des industriels de l'automobile et de l'aéronautique, travaillant pour des besoins commerciaux et, à l'occasion, militaires (dès 1917, puis à la fin des années 1930), c'est parce qu'il avait décidé de modifier la relation de l'architecte à ses commanditaires en prenant le parti de se soumettre entièrement aux exigences de ces derniers. Le souci d'habiller les espaces productifs de l'industrie, même rationnellement conçus de l'intérieur, au moyen d'une enveloppe architecturale chargée d'exprimer une esthétique personnelle ou un message de l'entreprise, souci que l'on retrouve jusque chez un Peter Behrens, s'efface chez Albert Kahn devant le concept d'un produit construit « collant » totalement aux exigences de l'acheteur. L'expérience de Kahn dans ce domaine s'est mise en forme très rapidement, dès les années 1900, à la faveur de sa collaboration avec diverses firmes automobiles de la région des Grands Lacs : Pierce, Packard, et naturellement Ford. Avec Henry Ford I s'est instaurée une longue complicité intellectuelle, à la faveur de laquelle Kahn sut accompagner l'évolution très rapide des conceptions de l'industriel en matière de rationalisation du travail : il y répondit pour sa part en accomplissant une transition accélérée de l'architecture traditionnelle à l'architecture moderne de l'industrie. En moins de dix ans, de la construction de l'usine de Highland Park (1909) à celle de River Rouge (1917), Kahn est passé de l'usine à armature de béton à étages multiples, dont le squelette autorisait une ouverture maximale des baies mais s'encombrait encore d'un assez grand nombre de piliers de soutien dans la structuration interne de l'édifice, à l'usine à un seul niveau au ras du sol. Le squelette, désormais métallique sur un court soubassement de maçonnerie, libérant la circulation et le déploiement des machines ou des chaînes de montage à l'intérieur grâce [...]

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  • : directeur d'études honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales

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Louis BERGERON, « KAHN ALBERT - (1869-1942) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/albert-kahn/