COHEN ALBERT (1895-1981)

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« Je ne suis pas un écrivain »

Dès son entrée au royaume des lettres, Albert Cohen a été promis à la gloire, cette gloire qu'il sera contraint de refuser. Il finira par nier avec obstination son titre d'écrivain. Un entretien qu'il accorde au Magazine littéraire en 1979 débute ainsi : « Je dois le dire tout de suite : je ne suis pas un écrivain. » Cette attitude explique le long silence qui fut le sien. Célèbre en 1930, Albert Cohen n'aura plus qu'un petit nombre d'admirateurs dans les années cinquante ; il faudra, en 1954, la publication du Livre de ma mère, et en 1968, de Belle du Seigneur (qui lui vaudra le grand prix du Roman de l'Académie française), pour qu'on entende à nouveau parler de lui. Le 23 décembre 1977, Bernard Pivot dans son émission Apostrophes révèle à des millions de téléspectateurs qu'Albert Cohen est l'un des grands écrivains de notre temps. Les dernières années de sa vie, le romancier, qui vit tranquille dans son appartement de Genève, reçoit les honneurs de la consécration ; lui, l'oublié de la plupart des anthologies, entre enfin dans le dictionnaire ! Cette reconnaissance n'est qu'une consolidation : rien ne pouvait réduire les effets de la cassure. Dans Belle du Seigneur, Albert Cohen arrête le récit aux années trente ; le reste de son œuvre ne consacre que quelques phrases au temps du mépris et de l'abomination. Dire le malheur a été au-dessus de ses forces, il n'en a été que le prophète. « Non, Seigneur Ézéchiel, ils ne sont pas méchants, les Allemands, ils sont des fils, ils aiment leur Maman, ils chantent des jolies chansons. Seulement, ils ne comprennent pas que les Juifs ont mal quand on leur fait mal... » fait-il dire à Jérémie dans Ézéchiel, pièce jouée à la Comédie-Française en 1933. En 1938, Albert Cohen cesse de se vouloir écrivain et ce n'est pas là un échec ordinaire : il vient de publier Mangeclous, un chef-d'œuvre du roman comique. Éclat de rire gigantesque, ce roman est la suite de Solal, et constitue un nouveau pas dans la dérision.

Déjà, en 1922, la seconde nouvelle publiée par Albert Cohen à la N.R.F. s'intitulait La Mor [...]

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  • : écrivain, critique littéraire, responsable des émissions littéraires de Radio Suisse romande

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Pour citer l’article

Gérard VALBERT, « COHEN ALBERT - (1895-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/albert-cohen/