DANIÉLOU ALAIN (1907-1994)

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Né le 4 octobre 1907 à Neuilly-sur-Seine, ayant passé une partie de sa jeunesse en Bretagne et voyagé dans toute l'Asie, Alain Daniélou s'est éteint en Italie le 27 janvier 1994, au terme d'une vie profondément marquée par la culture indienne, à la connaissance de laquelle il consacra la plus grande part de son existence.

Il a tracé les étapes de son parcours humain et spirituel dans une autobiographie, Le Chemin du labyrinthe (Laffont, Paris, 1981, rééd. éd. du Rocher, Paris, 1993). Son père fut un homme politique connu, ami d'Aristide Briand et ministre du cabinet Daladier en 1933. Sa mère s'illustra en fondant l'École normale catholique, les écoles Charles-Péguy et les instituts Sainte-Marie. Alain Daniélou était le deuxième d'une famille de six enfants (l'aîné, le cardinal Jean Daniélou, sera un éminent théologien catholique).

Très tôt, il manifeste un goût marqué pour la musique et la danse, au détriment d'études plus classiques. En 1929, il obtient une bourse d'études pour des recherches sur la musique arabe, premiers pas d'une vocation qui s'affirmera quelques années plus tard. En 1932, au cours d'un périple automobile qui le conduit d'Afghanistan au Bengale, il découvre l'Inde dans un émerveillement qu'il partage avec son compagnon de route Raymond Burnier. Dans les années qui suivent, il retourne en Inde, y fréquente Rabindranāth Tagore, le danseur Uday Shankar et d'autres personnalités du monde artistique indien.

En 1939, Alain Daniélou et Raymond Burnier s'installent de façon permanente en Inde, à Bénarès, dans un ancien palais qui deviendra un lieu de rencontres apprécié. Ils adoptent alors un mode de vie conforme à la tradition hindouiste et s'imprègnent des multiples aspects d'une culture à laquelle ils s'identifient chaque jour davantage. Entre autres activités, Alain Daniélou étudie en particulier l'art de la vīnā pendant plusieurs années, auprès d'un maître indien. C'est à cette époque qu'il commence à collecter des manuscrits sanskrits concernant la théorie musicale.

En 1950, nommé président de l'All India Music Conference, il crée à l'université hindoue de Bénarès un collège de musique à la tête duquel il place le célèbre chanteur Omkarnath Thakur.

Trois ans plus tard, il quitte Bénarès pour Madras, où il est quelque temps bibliothécaire de la Société théosophique, avant de rejoindre l'Institut français d'indologie de Pondichéry. Il entreprend alors, en collaboration avec des érudits locaux, la traduction de divers textes musicaux en sanskrit. Il devient membre de l'École française d'Extrême-Orient, avant de rentrer en Europe en 1960, où ses compétences exceptionnelles sont bientôt reconnues à l'U.N.E.S.C.O. Membre du Conseil international de la musique, il prend en 1963 la direction de l'Institut international des études comparatives de la musique qui vient d'être créé à Berlin, poste qu'il occupera jusqu'en 1976. Durant cette période étonnamment féconde, les publications et manifestations qu'il organise se succèdent : nombreux ouvrages, en français ou en anglais, non seulement sur la musique savante de l'Inde du Nord, mais aussi sur la religion, l'histoire, l'archéologie, etc. ; enregistrements sur le terrain qui permettront la création et l'essor des prestigieuses collections patronnées par l'U.N.E.S.C.O. et le Conseil international de la musique : Anthologie musicale de l'Orient, Les Sources musicales, Atlas musical... ; concerts et festivals où se produisent les plus grands artistes de l'Inde du Nord (Ravi Shankar, Ustād Vilayat Khan, Ali Akbar Khan, les frères Dagar, Bismillah Khan...) ; direction, chez Buchet-Chastel, d'une collection d'ouvrages consacrés aux musiques d'Orient (Les Traditions musicales) ; création à Venise, en 1969, d'un institut destiné à prolonger l'action entreprise à Berlin.

Jusqu'en 1976, Alain Daniélou est aussi membre du comité éditorial de la revue The World of Music, publiée par le Conseil international de la musique en association avec l'Institut berlinois. À Paris, il préside aux destinées du Centre d'études des musiques orientales (C.E.M.O.) créé en 1960. Lorsqu'en 1977 il se retire dans sa villa des environs de Rome, il a largement atteint le but qu'il s'était fixé et il se consacre alors à une réflexion d'ordre plus philosophique et religieux.

Une activité aussi riche et soutenue a été reconn [...]

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Écrit par :

  • : chargé d'études au musée Guimet, responsable Instruments du monde, musée de la Musique
  • : directeur de recherche au C.N.R.S., chargée de mission au musée des Arts asiatiques-Guimet

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Pour citer l’article

Philippe BRUGUIÈRE, Mireille HELFFER, « DANIÉLOU ALAIN - (1907-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alain-danielou/