CASTIGLIONI ACHILLE (1918-2002)

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Le designer italien Achille Castiglioni est né à Milan en 1918. Son père est sculpteur. Comme ses deux frères, il étudie l'architecture à l'École polytechnique de Milan ; leur œuvre indissociable, qui comprend la conception d'objets quotidiens et la scénographie, est marquée par une certaine forme de dérision qui caractérise le design italien et annonce l'esthétique dite postmoderne.

À peine Achille obtient-il son diplôme le 15 mars 1944 qu'il rejoint l'agence Piazza Castello fondée à Milan par ses frères Livio (1911-1979) et Piergiacomo (1913-1968) en 1938. L'activité de l'agence, importante dans ces années de reconstruction, concerne l'architecture, l'urbanisme mais aussi le design industriel. Ce secteur de création assez nouveau en Europe connaît un développement important aux États-Unis. Dans ce domaine, les frères Castiglioni associés à Caccia Dominioni ont remporté un premier succès lors de la VIIe Triennale de Milan en 1940 avec la radio 547, premier poste italien en Bakélite, développé pour Phonola en 1938-1939. Livio est d'ailleurs recruté comme consultant par la firme, fonction qu'il poursuivra chez Brionvega de 1960 à 1964. Achille, quant à lui, participe dès 1946 à la conception de meubles pour chambres d'hôtel édités par Zari. Si la radio 547, qui pouvait aussi bien être accrochée que posée, interroge la fonction de l'objet, les Castiglioni découvrent en 1947 les potentialités de la « récupération », thème de la section « mobilier de série » à la VIIIe Triennale, à laquelle ils collaborent. Le détournement d'objets, souvent militaires, est alors un recours contre la pénurie. L'année précédente, la Grande-Bretagne l'avait exploité dans son exposition Britain can make it.

Si l'essentiel des activités menées par l'atelier concerne la construction, l'aménagement d'espaces ouvre d'autres voies. Les frères Castiglioni conçoivent la section « éclairage » de la IXe Triennale en 1951, où ils présentent Tubino, la lampe au néon à poser, puis celle du « design industriel » à la Xe édition en 1954. Ils contribuent ainsi à l'affirmation du design italien et plus particulièrement milanais sur la scène internationale : outre leur présence aux triennales suivantes, en 1954 le concours Compasso d'oro (Compas d'or) est créé, deux ans plus tard est fondée l'Associazione per il Disegno Industriale (A.D.I.) et de 1959 à 1963 paraît la revue Stile Industria.

En 1952, Livio quitte le groupe pour travailler avec son fils Piero, mais il continue à intervenir sur les systèmes d'éclairage dont il s'est fait, avec les présentations audiovisuelles, une spécialité. Tout aussi actifs, ses frères cadets créent annuellement, de 1956 à 1969, un nouveau pavillon pour la R.A.I. à la foire de Milan. Ils enchaînent les conceptions d'objets industriels : poignée pour Cassina (1955), aspirateur Spalter pour Rem (1956), projecteur de diapositives Rocket pour Ferraria (1960), machine à café express Pitagora pour Cimbali (1961), chaîne hi-fi RR 126 pour Brionvega (1965). Ils développent l'idée d'un design minimal, c'est-à-dire d'une économie formelle et technique permettant au produit de durer. L'ironie et la désinvolture, la chaleur même ne sont pas pour autant absentes de leurs créations.

Les lampes polarisent leur attention comme l'explique l'architecte milanais Vittorio Gregotti : « Pour les Castiglioni, la question de la lumière, de son traitement, possède à la fois un charme symbolique et une capacité de suggestion formelle. » Ils signent ainsi les lampes Luminator pour Artform (1955) puis les lampes à contrepoids KD6 pour Stilnovo (1959), enfin pour Flos la suspension en cocon Taraxacum (1960) et le lampadaire cintré Arco (1962).

Un tournant se produit avec leur exposition personnelle organisée à la villa Olmo de Côme en 1957. Dans un aménagement déconcertant cohabitent des créations nouvelles et expérimentales sans égard pour l'actualité des arts visuels. Des tabourets à bascule détournant le siège d'un tracteur (Mezzadro) et la selle (Sella) reprennent l'idée de récupération. Édités par Zanotta, ils deviendront des classiques du mobilier contemporain.

Après la mort de son frère Piergiacomo, en 1968, Achille entame une prestigieuse carrière d'enseignant à Turin puis à Milan, où ce créateur aux huit Compasso d'oro exerce son ascendant sur les jeunes générations. Délaissant progressivement le design industriel, il poursuit ses recherches en aménageant des magasins ou [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences habilité à diriger des recherches à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, responsable de la spécialité design, mode, arts décoratifs

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Pour citer l’article

Stéphane LAURENT, « CASTIGLIONI ACHILLE - (1918-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/achille-castiglioni/