MARIGNY ABEL FRANÇOIS POISSON marquis de MENARS et de (1727-1781)

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Le frère de Mme de Pompadour connut les plus grands honneurs : en 1751, Marigny fut nommé « directeur et ordonnateur des Bâtiments, des Jardins, Arts, Académies et Manufactures royales » ; en 1755 il reçut l'ordre du Saint-Esprit ; il devint en 1764 lieutenant général du gouvernement de l'Orléanais et en 1772 conseiller d'État d'épée. Le crédit de la favorite de Louis XV joua un rôle déterminant dans cette brillante carrière mais il a aussi, en même temps que les critiques peu amènes de certains contemporains, contribué à jeter une sorte de discrédit, aux yeux de la postérité, sur la véritable personnalité de Marigny. Lucide, presque cynique, méticuleux dans le travail, il préférait la compagnie des artistes et la fréquentation des encyclopédistes aux intrigues politiques de la Cour. Formé par d'éminents esprits, il sut s'entourer des meilleurs créateurs du temps et marqua profondément le développement des arts dans les années 1750-1775. À l'instigation de sa sœur, qui y voyait un moyen sûr de perfectionner les dispositions d'Abel-François pour l'architecture et la géométrie et qui par une telle incitation se conformait à une habitude de la haute société européenne, celui qui n'était encore que le marquis de Vandières entreprit un long périple en Italie. En 1749, il partit en compagnie de l'architecte Soufflot, du dessinateur-graveur Cochin et de l'abbé Le Blanc, littérateur et critique. De l'Italie du Nord à Rome et jusqu'à Naples, devant les vestiges antiques, les grands monuments et les peintures, il recueillit le fruit des connaissances et des observations de ces guides éclairés qu'il nommait « ses yeux » et auxquels il conserva toujours sa confiance. Dès son retour en 1751, il succéda à M. de Tournehem à la tête de la direction générale des Bâtiments. Il s'efforça alors de mettre en honneur les deux académies, suscitant des activités nouvelles, ordonnant de grandes commandes (tableaux d'histoire, statues de grands hommes). Mais c'est à l'architecture qu'il réserva tous ses soins, s'occupant sans cesse de projets, de travaux pour les grands monuments publics. On lui a reproché un manque de pensée directrice dans ce domaine, mais il lui fallait satisfaire la volonté du roi et des grands, et les difficultés financières lui rendirent souvent la tâche malaisée. Cependant, sous son administration, Paris connut une véritable fièvre de construction. Si les grandes réalisations qu'il souhaitait pour le Louvre n'aboutirent pas, l'École militaire, la place Louis-XV, la nouvelle église Sainte-Geneviève (dont il confia la construction à Soufflot, nommé contrôleur des Bâtiments), l'école de chirurgie, la Halle au blé, l'hôtel des Monnaies et de nombreux théâtres vinrent modifier la physionomie de la capitale. Jouissant de la confiance du roi, il protégea avec discernement les artistes, d'abord grâce au crédit de sa sœur, puis par le sien propre. Il manifesta très tôt (vers 1761) sa volonté de modernisme en s'entourant d'un décor et d'un mobilier dans le « goût grec », et c'est avec raison que Cochin écrit, à propos de l'abandon du rococo et de l'évolution artistique, que « la véritable époque décisive a été le retour d'Italie de Marigny ». À la mort de Mme de Pompadour, Marigny hérita de biens considérables ; il fit faire alors, tant dans ses demeures parisiennes qu'à son château de Menars au bord de la Loire, d'importants travaux qu'il confia à Soufflot et au jeune architecte qu'il avait su imposer à l'Académie, Charles De Wailly. Il ne perdit alors en rien son crédit, mais d'incessantes difficultés financières, la sourde opposition de l'abbé Terray l'amenèrent à démissionner en 1773. Il se retira à Menars, au milieu de ses riches collections, où il recevait ses amis écrivains et artistes.

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  • Michel GALLET
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Dans le chapitre « La place Louis-XV »  : […] Ange Jacques Gabriel, né à Paris, est issu d'une famille d'architectes estimée dès le règne de Louis XIV et liée par un mariage à celle des deux Mansart. Son grand-père, Jacques IV Gabriel, est signalé avec éloge dans les mémoires de la Grande Mademoiselle. Son père, Jacques V, premier architecte du roi, a laissé de fort beaux édifices : l'hôtel de ville de Rennes, la place Royale de Bordeaux, l'é […] Lire la suite

Pour citer l’article

Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE, « MARIGNY ABEL FRANÇOIS POISSON marquis de MENARS et de (1727-1781) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/abel-francois-marigny/