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YAJUR-VEDA

L'une des quatre grandes parties qui constituent le corpus des Écritures védiques et dont chacune, portant le nom de Veda (« science », « savoir »), correspond, au moins en théorie, à une spécialisation liturgique : le Sāma-Veda est le Veda des chantres (sāman, « mélodie ») ; le Rig-Veda, celui des prêtres chargés des invocations solennelles (ṛc : « stance ») ; l'Atharva-Veda, celui des chapelains royaux (atharvan est le nom d'une famille de prêtres) ; le Yajur-Veda, celui des techniciens du sacrifice (yajus, « formule rituelle »).

On retrouve dans le Yajur-Veda tous les genres littéraires caractérisant ce type de textes : vers (chandas), prose (Brāhmana, Aranyaka, Upaniṣad), prescriptions rituelles (yajus et sūtras). Mais cette matière y est ordonnée de façon originale : les auteurs (ou, mieux, les compilateurs) ont eu le souci de suivre le déroulement des cérémonies du culte et donnent, avec la justification mythique des uns et des autres, les mantras (stances et formules à réciter) et les règles rituelles se rapportant à chaque moment liturgique (brāhmana).

C'est cette confusion des genres qui, semble-t-il, a valu au Yajur-Veda le qualificatif de « Noir » (par opposition au texte d'une autre école, apparemment plus tardive, qui sépare les genres et reçoit alors l'épithète de « Blanc »). Les Aranyaka et les Upaniṣad restent cependant à leur place habituelle, en fin de recueil, dans la mesure où leur propos n'est pas liturgique. Outre la distinction entre Yajur-Veda Noir (kṛṣṇyajurveda) et Yajur-Veda Blanc (suklayajurveda), d'autres divergences interviennent, à l'intérieur même de ces deux grandes recensions ; elles procèdent d'écoles diverses (citons, parmi les plus importantes, les écoles taittirīya, maïtrāyanīya, kāthaka, kānva) et se traduisent par des variantes de forme et, parfois, de fond. Toutefois, l'essentiel du texte védique est commun non seulement à ces diverses écoles mais encore aux différents Vedas : ainsi la très grande majorité des stances (ṛc) utilisées dans la liturgie telle que la décrit le Yajur-Veda se retrouve dans les hymnes du Rig-Veda.

L'importance du Yajur-Veda, par rapport à ce dernier, tient surtout à l'utilisation qu'il fait des mantras communs et à l'interprétation mythique et ritualiste qu'il en donne. À ce titre, le Yajur-Veda représente sans doute le plus exactement ce qu'était le Veda « vivant » : les prêtres l'utilisaient surtout dans la mesure même où ils étaient des techniciens du sacrifice. On comprend également que les plus importantes des Upaniṣad (telles la Brihad-Aranyaka Upaniṣad, la Taīttirīya Upaniṣad, la Katha Upaniṣad, l'Ishā Upaniṣad) relèvent du même recueil : les spéculations philosophiques, en effet, sont nées de la réflexion des premiers théologiens sur la signification des rites qu'ils accomplissaient. De ce point de vue, il est possible de dire que le Yajur-Veda est, de tous, le plus proche de la norme védique idéale.

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