Il ne serait pas exagéré d'écrire que tant le charme qui émanait de sa personne, le caractère à la fois enveloppant et tranchant de sa parole, que les événements dont il fut l'un des principaux protagonistes ont relégué au second plan les raisons pour lesquelles Wladimir Granoff doit rester dans l'histoire de la psychanalyse en France comme un grand théoricien et un clinicien éminent.
Né en Alsace, dans une famille juive de Russie émigrée en France après l'échec de la révolution de février 1917, il vécut son enfance et une partie de son adolescence avec un passeport d'apatride et grandit dans un milieu où l'on parlait depuis longtemps et couramment le français et l'allemand à côté du russe. Ayant appris très tôt l'anglais, il s'exprimait et écrivait dans ces quatre langues. Ce fait, loin d'être seulement un trait de sa culture personnelle, fut un vecteur qui allait orienter sa vie dans la psychanalyse avec plus de force que la dette qu'il reconnut toujours envers Lacan.
Lors de la scission de la Société psychanalytique de Paris (S.P.P.) en 1953, il suivit Lacan, et occupa auprès de lui une place que rien ne saurait mesurer, sauf un fait et un seul : Lacan signa avec lui un travail en anglais On Fetishism, (Le Fétichisme : le symbolique, l'imaginaire et le réel), ce qu'il ne fit plus jamais avec personne.
Cependant, en 1963, lors des tractations entre la Société française de psychanalyse (S.F.P.) et l'International Psychoanalytical Association (I.P.A.), qui achoppèrent sur la reconnaissance de la pratique et de l'enseignement de Lacan, il choisit de rester membre de l'I.P.A. en réaffirmant toujours, dans sa production théorique et dans sa clinique, la formation reçue de Lacan, qui avait fait de lui véritablement un analyste, sans avoir été ni son analysant ni son contrôlé. Serge Leclaire, François Perrier, Maud Mannoni restèrent ses amis ; Donald Winnicott, pour sa part, donna chez lui un séminaire lors d'un séjour à Paris.
Son souci, sa vie durant, fut de faire passer aussi bie […]
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