L'œuvre de Vittore Carpaccio n'a pas connu les longues périodes d'oubli et les « résurrections » spectaculaires dont l'histoire de l'art offre bien des exemples. Les jugements n'en ont pas moins varié, au cours des siècles, sur la valeur et la portée de sa vision picturale, sur l'originalité de son art. Les évocations radieuses, héroïques ou familières, des grandes toiles peintes pour les scuole vénitiennes exercent un attrait irrésistible, une fascination immédiate auxquels ont été sensibles, dès le xvie siècle, les amateurs et les critiques. Mais, après la ferveur enthousiaste de Ruskin et de ses disciples, s'est dessinée une réaction tendant à faire de Carpaccio un simple « illustrateur » des légendes sacrées, un narrateur pittoresque, émule de Gentile Bellini et de Lazzaro Bastiani. Depuis le début des années soixante, un catalogue mieux établi de ses œuvres, des attributions nouvelles et convaincantes concernant notamment le début de sa carrière, une analyse approfondie des peintures connues depuis longtemps, mais regardées avec une plus grande attention critique, tout cela révèle une personnalité beaucoup plus riche et complexe qu'il n'apparaissait d'abord.
1. Premières influences
On sait peu de chose de la vie de Carpaccio, et la date même de sa naissance ne peut être établie que d'une façon approximative. Fils d'un fourreur et neveu d'un moine (qui le cite dans son testament en 1472), il exécute probablement lui-même la première œuvre signée qui nous soit conservée – le Polyptyque de la cathédrale de Zara – puis, en septembre 1490, la première toile du cycle de sainte Ursule, L'Arrivée à Cologne. Ces indications laissent totalement dans l'ombre les années de formation du peintre. Mais la mise en rapport des œuvres de jeunesse avec le milieu artistique vénitien de l'époque permet de définir les éléments essentiels qui sont intervenus dans l'élaboration de son art.
• Antonello de Messine
Le séjour d'Antonello de Messi […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



