Du compositeur ou du pédagogue, on ne sait auquel il faut accorder la première place : l'un et l'autre sont d'importance considérable ; l'un et l'autre se mêlent d'ailleurs ; d'Indy n'a jamais cessé d'être professeur en composant, comme il n'a jamais cessé, en enseignant, d'être un homme de principes, intransigeant encore que généreux et bienveillant. Originaire du midi de la France (bien que né à Paris), élève de Diemer et de Marmontel, pour le piano, de Lavignac pour l'harmonie, enfin — et surtout — de César Franck, auquel il voue un culte qui ne cessera de grandir, il complète sa formation musicale par plusieurs voyages en Allemagne. Il y rencontre Liszt, Brahms, Wagner surtout ; la découverte des drames lyriques de ce dernier va orienter toute sa carrière. Après ses premiers succès, celui en particulier de sa Symphonie cévenole (1886), il prend la direction de la Société nationale à la mort de Franck (1890) et fonde la Schola cantorum dont il deviendra très vite le directeur. Dès lors, son influence sur la jeune génération devient très importante non seulement dans le domaine musical mais sur le plan moral. D'Indy ne sépare jamais son enseignement artistique d'une attitude philosophique et morale. Son esthétique, fondée sur le culte de l'ordre, de la rigueur, n'est dans son esprit que l'application au domaine de l'art d'une pensée morale. C'est parce qu'il est fervent catholique, et parce qu'il est nationaliste, qu'il tentera de traduire en français le message wagnérien et cherchera son inspiration dans ses montagnes cévenoles. C'est au nom d'une certaine conception morale qu'il s'opposera vivement au debussysme, trop sensuel, trop peu structuré à son goût, et cela malgré une grande admiration personnelle pour l'œuvre de Debussy ; son école et ses disciples, renchérissant sur son rigorisme, le pousseront peut-être plus loin qu'il n'eût souhaité lui-même.
L'œuvre de Vincent d'Indy est, dans l'ensemble, plus pensée que sensible, volontaire et construite, à l'image de cet homme obstiné dans l […]
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