La carrière d'Isaac Albéniz se déroule à l'époque où la musique espagnole, étouffée depuis plus d'un siècle par l'école italienne, connaît un renouveau inspiré des richesses et des possibilités de son folklore. Le réveil des nationalités qui se manifeste alors dans le monde entier est plus significatif encore en Espagne, où le peuple a gardé intactes ses traditions au long des décennies pendant lesquelles la noblesse et la bourgeoisie ne se sont intéressées qu'à l'art lyrique et au bel canto. Les petites comédies musicales – les zarzuelas – ont leur public, qui n'est pas celui des conservatoires, et que l'on tient pour méprisable, tout comme la tendance de leurs compositeurs à se référer aux chants et aux danses du terroir.
Le retour à la « tradition généalogique », amorcé par Felipe Pedrell et brusquement encouragé par la vision d'une Espagne imaginaire que vient d'apporter la Carmen de Bizet, va donc s'affirmer dans le dernier quart du siècle, au détriment d'un art académique sans lien aucun avec l'âme atavique du pays. C'est cependant grâce à Albéniz que cette tradition va trouver la vérité d'un accent qui échappe au pittoresque facile, à l'esthétique des castagnettes et à la portée confidentielle de la zarzuela.
L'intelligente assimilation de la leçon des maîtres français – Debussy et Ravel, en particulier – a beaucoup aidé Albéniz à organiser un art raffiné à partir de motifs d'inspiration populaire, sans que leur puissance d'évocation en sorte affaiblie, et en les rendant « purifiés musicalement et ennoblis moralement » (Manuel de Falla).
Avec Granados et de Falla, Albéniz est le meilleur représentant d'un nationalisme musical fondé sur une nouvelle façon de sentir, mélodiquement et harmoniquement, l'apport de la terre natale.
1. Une jeunesse vagabonde
Une étonnante précocité marque le destin d'Albéniz, né à Camprodón, en Catalogne, le 29 mai 1860. Mis au piano dès l'âge de deux ans, il donne, deux ans plus tard, un concert à Barcelone. À six ans, il éblouit le jury d […]
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