3. Actions logiques et actions non logiques
Alors que Pareto a atteint le sommet de sa carrière, une douloureuse contrariété familiale (sa femme l'abandonne) bouleverse sa tranquillité de savant à la vie très réglée et routinière. Il s'efforce de sortir de son abattement en lisant et méditant ses poètes préférés : Vigny et Musset. Désormais, son scepticisme se fondera sur le dogmatisme des sentiments, et la raison, déchue, ne sera plus que la manifestation extérieure et superficielle d'une activité intérieure absolue. Cette ambiguïté conditionnera dès lors son œuvre. À partir de l'année 1902, on constate que Pareto veut toujours traiter les sciences sociales comme des sciences exactes, bien qu'il fasse tout pour démontrer les imperfections de la raison et pour prouver que ce qui pousse les hommes à agir est le sentiment, chose, somme toute, mystérieuse et insaisissable.
Dans le Manuel d'économie politique, paru en 1906, l'objet central est toujours l'homme considéré comme un être abstrait dont l'activité est guidée par l'égoïsme. Les différents éléments du système sont isolés de toute influence possible et étudiés à un moment bien déterminé grâce au calcul analytique. Abstractions tout à fait générales, a-t-on dit, et Pareto lui-même n'en est bientôt plus satisfait. Les beautés d'un système logique parfait ne suffisent plus à son esprit inquiet et intolérant. De cette évolution, un premier témoignage, parfois impitoyable jusqu'à l'irrévérence, est donné par l'opuscule paru en 1911 : Le Mythe vertuiste et la littérature immorale, où Pareto se moque du moralisme et du puritanisme, des sentiments de renoncement et d'ascétisme, qui sont pour lui des manifestations de faiblesse.
En 1916, le monumental Traité de sociologie générale, dont on se bornera ici à relever les point d'intérêt très général, systématise tous ces éléments.
Les formes sociales y sont étudiées en examinant les actions humaines, les états d'esprit auxquels elles correspondent ou la manière dont ils les exprim […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



