« Il n'y a qu'une loi pour l'artiste, c'est la vie moderne et la sensibilité futuriste », écrivait Umberto Boccioni, qui est incontestablement, avec le poète Marinetti, le protagoniste le plus important et la figure la plus complète du mouvement futuriste : il en fut le théoricien le plus lucide, tout en demeurant avant tout peintre et sculpteur. Né à Reggio de Calabre, Boccioni obtient un diplôme de l'Institut technique de Catane et se rend à Rome, où il fréquente Severini et surtout l'atelier de Balla qui l'initie à la technique divisionniste et qui lui fait découvrir une thématique sociale et urbaine. À Paris et à Moscou, Boccioni fait le point sur l'ensemble des grands courants artistiques contemporains et en 1907 il écrit : « Je sens que je veux peindre le neuf... il me semble aujourd'hui, tandis que l'analyse scientifique nous montre merveilleusement l'univers, que l'art doit se faire l'interprète de la renaissance vigoureuse et fatale d'un nouvel idéalisme positif. » En 1911, le peintre réalise l'une de ses œuvres maîtresses, le triptyque Les États d'âme (Museum of Modern Art, New York). Projection d'un état émotif que scandent la décomposition, le croisement ou la superposition des grandes lignes directrices — différentes pour chacun des tableaux — ce triptyque reste une étude remarquable sur l'ensemble des sensations et des émotions qui nous traversent et que nous percevons globalement au moyen d'une synthèse aiguë de tous nos sens. La technique utilisée alors par l'artiste est le divisionnisme, qui restera pendant de nombreuses années son meilleur instrument formel, et qui se teinte chez lui, comme chez un certain nombre d'artistes italiens, de naturalisme, de symbolisme, de vérisme social, sans oublier une composante expressive accentuée par le tempérament passionné du peintre. La même année, il signe le Manifeste de la peinture futuriste avec Balla, Severini, Carrà et Russolo, ayant alors autant le souci d'élaborer une théorie cohérente du mouvement que d'en appliquer les principes dans le double domaine de l […]
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