Créateur pictural plutôt que peintre, Jannis Kounellis utilise les moyens de l'art pour dire quelque chose qui le transgresse et nie en tout cas le caractère gratuit, superficiel, non historique et non idéologique de l'art : chacune de ses œuvres tente de mettre au jour une problématique de sens. Grec d'origine, il est né au Pirée, et s'étant installé en 1956 à Rome, il y a d'abord subi — à cause de leur radicalisme formel — la fascination d'Alberto Burri (tableaux en toiles à sac) et de Fontana (tableaux monochromes fendus au rasoir). Dans ses premières œuvres, il a peint de grandes lettres noires et des symboles, et cela avec succès jusqu'en 1963. Aussitôt que lui fut reconnu un « style » personnel, et pour ne pas tomber dans le piège trop commun de la production en série d'œuvres identiques, Kounellis a changé de moyens techniques et fut l'un des premiers artistes, en même temps que ses amis de l'Arte povera, à mettre en scène des matériaux bruts comme la tôle, le charbon, la laine, les pierres, les sacs de café, les vieux morceaux de bois, les cheveux, mais aussi un perroquet ou des chevaux vivants qu'il a exhibés en 1969, transformant — et pas seulement par un jeu de mots sarcastique — la galerie l'Attico, à Rome, en écurie. Mais il ne s'est pas arrêté à ce jeu facile, et qui n'a eu que trop d'adeptes, de la récupération « artistique » des matériaux bruts. Jannis Kounellis est, en effet, un théoricien et un écrivain autant qu'un artiste. Chez lui, les intentions culturelles prédéterminent les formes de ses œuvres, comme si sa plus grande inquiétude était de voir ces dernières se dissoudre, se confondre, avec un simple nihilisme.
Sa volonté, systématique, acharnée, est d'enraciner la modernité dans le passé européen, de la Grèce antique à Bernin, au David du Marat et des Sabines, au Delacroix de La Liberté sur les barricades, au Picasso des Demoiselles d'Avignon et au Carré blanc de Malévitch, où le blanc s'est substitué à ses yeux à l'or des icônes. Le futuriste […]
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