Apprécié de son vivant dans son pays natal pour ses qualités de savant astronome, Khayyām n'a connu sa véritable vogue poétique à travers le monde – plus particulièrement dans les pays anglo-saxons – qu'à partir de 1859, année où le poète anglais Edward Fitzgerald publia son ingénieuse adaptation en vers des rubā‘iyyāt. Dès lors, une multitude de traductions faites en plusieurs langues, d'après les manuscrits découverts au fil des années, ont suscité parmi les orientalistes une somme de controverses souvent passionnées sur l'authenticité et l'interprétation de ces poèmes, mais qui sont loin d'aboutir à des conclusions définitives.
1. Un esprit encyclopédique
Ghiyāth al-Dīn Abū l-Fat'h Ibn-i Ibrāhīm al-Khayyāmī, plus connu sous le nom patronymique de Khayyām, qui signifie « fabricant de tentes », est né à Nīshāpūr, ville située en Khurassān, province du nord-est de l'Iran. Comme c'est également le cas de quelques autres grands auteurs classiques persans, on ignore les événements et les détails de sa vie, notamment ceux de sa jeunesse. Même les dates précises de sa naissance et de sa mort ne sont pas indiquées clairement par les historiens. Ce n'est qu'en se référant aux données biographiques de ses illustres contemporains (en particulier celles de son maître Avicenne) qu'on a pu reconstituer approximativement la date de sa naissance (1021-1022 ?) et celle de sa mort à Nīshāpūr (1122). Eu égard aux mêmes critères, les critiques ont peine à croire à la légende – rapportée par l'historien Rashīd al-Dīn – selon laquelle Khayyām, suivant les mêmes cours que Ḥasan-i Ṣabbāh, le chef de la secte des ismaéliens, et Khādja Niẓām al-Mulk, vizir du sultan saldjūḳide Alp Arslan, aurait conclu un pacte d'amitié et d'entraide avec ses célèbres condisciples. Ce qui est certain, en revanche, c'est qu'il a cultivé toutes les sciences importantes de son époque : les mathématiques, la physique, l'astronomie, la philosophie et la médecine, sciences dans lesquelles il a atteint le plus haut degré d'érudition. Son aut […]
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