3. Évolution de la calorimétrie
Au xviie siècle, avant l'invention du thermomètre, les physiciens ne pouvaient avoir que des idées confuses en ce qui concerne la chaleur ; l'œuvre de Jean-Baptiste Morin (1583-1656), professeur de mathématiques et d'astronomie au Collège royal (l'actuel Collège de France), en témoigne. Dans son Astrologia gallica, publiée en 1661 à La Haye, Morin est tout fier de consacrer un chapitre à la détermination de la température d'un mélange : Hac de re (quod sciam) nemo hactenus quidquam determinavit (Sur ce sujet, que je sache, personne n'a jusqu'ici déterminé quoi que ce soit), écrit-il dans l'introduction. L'auteur utilisait un thermomètre divisé en huit degrés, dont la partie médiane marquait le tempéré, les quatre degrés supérieurs le chaud, et les quatre inférieurs le froid. L'eau, dont la température atteint la deuxième division du froid, est selon lui un liquide ayant 2 degrés de chaud et 6 de froid. Morin considérait en quelque sorte la chaleur comme la couleur. Pour lui le chaud et le froid sont deux qualités contraires. Afin de calculer la température d'un mélange, il pose trois principes :
– Aucune destruction de qualité, c'est-à-dire de chaud ou de froid, ne se produit dans un mélange, où seule a lieu une permutation ;
– L'action et la réaction interviennent seulement entre les qualités opposées présentes avec le plus grand degré, les autres qualités se bornant à s'intensifier ;
– La vertu totale d'un nombre de degrés est la même dans le chaud et dans le froid.
Morin traite plusieurs problèmes, entre autres la température du mélange, en quantités égales, d'eau ayant 2 degrés de chaud et 6 de froid, et d'eau ayant 4 degrés de chaud et 4 de froid. À l'aide de ces principes il montre tout d'abord que le mélange ne peut rester à la température de l'eau froide ni atteindre celle de l'eau chaude. Il rejette ensuite la valeur moyenne de 3 degrés de chaud et 5 de froid ; puis, grâce à une équation du premier degré à une inconnue, il calcule le nombre de degrés […]
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