4. La pratique textuelle
Traditionnellement, l'œuvre d'art peut relever, en gros, de deux sciences : historique et philologique. Ces sciences – ou plutôt ces « discours » – ont ceci en commun (contrainte qu'elles partagent d'ailleurs avec toutes les sciences positives) qu'elles constituent l'œuvre comme un objet clos placé à distance d'un observateur qui l'inspecte de l'extérieur. C'est essentiellement cette extériorité que l'analyse textuelle remet en cause, non point au nom des droits d'une « subjectivité » plus ou moins impressionniste, mais en raison de l'infinitude des langages ; aucun langage n'a barre sur un autre, il n'y a pas de métalangage (proposition établie par la psychanalyse), le sujet de l'écriture et/ou de la lecture n'a pas à faire à des objets (les œuvres, les énoncés), mais à des champs (les textes, les énonciations) : il est lui-même pris dans une topologie (une science des lieux de parole). À la conception d'une science positive, qui a été celle de l'histoire et de la critique littéraires, et qui est encore celle de la sémiologie, l'analyse textuelle tend à substituer l'idée d'une science critique, c'est-à-dire d'une science qui met en cause son propre discours.
Ce principe méthodique n'oblige pas forcément à rejeter le travail des sciences canoniques de l'œuvre (histoire, sociologie, etc.), mais entraîne à les utiliser partiellement, librement, et surtout relativement. Ainsi, l'analyse textuelle ne récusera nullement les informations fournies par l'histoire littéraire ou l'histoire générale ; ce qu'elle contestera, c'est le mythe critique selon lequel l'œuvre serait prise dans un mouvement purement évolutif, comme si elle devait toujours être rattachée, appropriée à la personne (civile, historique, passionnelle) d'un auteur, qui en serait le père : à la métaphore de la filiation, du « développement » organique, elle préfère la métaphore du réseau, de l'intertexte, d'un champ surdéterminé, pluriel. Même correction, même déplacement en ce qui concerne la scie […]
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