Homme politique athénien. Fils de Néoclès, du dème Phréarres (Athènes), issu de la branche cadette du genos des Lycomides, réduite, avant lui, à une notabilité locale, Thémistocle accède à l'archontat en ~ 493/92 ou en ~ 483/82. Dans l'histoire d'Athènes, il est celui qui « amena insensiblement la cité à se tourner et à descendre vers la mer » (Plutarque, Vies, IV, iv) en la dotant d'un port, d'une flotte et de fortifications. Il fait commencer, lors de son archontat, l'aménagement du Pirée. En ~ 483/482, pendant la lutte contre Égine, l'ecclesia, sur son intervention, affecte les revenus des mines d'argent du Laurion à la construction de cent trières par an : Athènes a désormais la flotte la plus puissante du monde grec. En ~ 480, cette flotte représente l'essentiel de la contribution athénienne à la résistance contre Xerxès dirigée par Sparte. Élu stratège, Thémistocle en assume le commandement. Mêlant ascendant et artifice, il s'impose aux autres chefs grecs au cap Artémision et surtout à Salamine où sa tactique assure la victoire. En ~ 479, en dépit de l'hostilité de Sparte et de ses alliés, il décide les Athéniens à fortifier de toute urgence leur ville et à achever les constructions du Pirée : désormais, quelques hoplites suffisent à contenir une invasion, et l'initiative stratégique appartient à la flotte. Cette « descente d'Athènes vers la mer » a d'immenses conséquences politiques : la force de la cité ne repose plus sur les hoplites (les propriétaires fonciers) mais sur les rameurs (les thètes) ; il est normal que le pouvoir politique soit désormais proportionné au rôle militaire et que la cité isonomique, conçue par Clisthène, fasse place à une cité plus démocratique. Ce débat sur l'évolution de la cité est sans doute au centre de la rivalité de Thémistocle avec Aristide (ostracisé en ~ 483), puis avec Cimon, qui l'emporte en ~ 471/470. Ostracisé, Thémistocle, après une fuite mouvementée, se réfugie auprès du Grand Roi.
Le personnage de Thémistocle est trop lié à la démocratie pour ne pas être l'objet d'une littérature partisane. Thucydide (I, cxviii) a « une admiration exceptionnelle » pour son intelligence lucide et sa faculté d'improvisation. Plutarque qui se fie à la tradition oligarchique, voit en lui un parvenu vaniteux, avide de pouvoir et de richesses.
Claudine LEDUC
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