En trente-trois ans de ce qu'il est difficile d'appeler une carrière, Terrence Malick a réalisé quatre films : La Balade sauvage (Badlands, 1973), Les Moissons du ciel (Days of Heaven, 1978), puis, après vingt ans de silence créatif, La Ligne rouge (The Thin Red Line, 1998) et Le Nouveau Monde (The New World, 2005). Ils ont suffi a faire de lui l'un des plus grands cinéastes de notre temps, dont le nom reste attaché à un thème obsédant, le rapport ambivalent entre l'homme et la nature. Exilés de la création, pouvons-nous renouer avec la vie spirituelle dont la nature est l'expression ? Une telle interrogation, héritée du transcendantalisme américain de Ralph Waldo Emerson et Henry David Thoreau, exige, pour « passer » au cinéma, un recueillement et une puissance de méditation peu compatibles avec les paillettes hollywoodiennes.
1. Une poétique de l'espace
Né en 1943 à Waco, Terrence Malick grandit au Texas et en Oklahoma, dans les grands espaces des puits de pétrole, du désert et des champs de blé. Bon joueur de football américain, il rejoint Harvard où il se révèle excellent philosophe et suit notamment l'enseignement de Stanley Cavell. Après un passage en Angleterre, il enseigne la philosophie au M.I.T. de Boston et traduit en anglais Vom Wesen des Grundes de Heidegger. Il étudie ensuite le cinéma à l'American Film Institute, travaille à divers scénarios (dont celui de L'Inspecteur Harry), écrit le script de La Balade sauvage qu'il produit et porte à l'écran en 1973. Inspiré d'une histoire vraie, le film, s'il renoue avec les fictions du couple criminel en fuite comme Les Amants de la nuit, de Nicholas Ray, ou Gun Crazy, de Joseph Lewis, n'est pas ancré pour autant dans un romantisme de la fatalité ou de l'exaltation. Révélant Martin Sheen et Sissy Spacek, il présente une vision du monde où alternent la violence et la méditation, toujours fondée sur la relation à la nature et à l'espace américain. La splendeur visuelle s'impose d'emblée. Elle coexiste avec la dimension improbable et s … ]
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