Dans le Moyen-Orient antique, les traditions sur la Sibylle n'ont cessé de foisonner. Son caractère abstrait et sa qualité de terme générique aidant, la Sibylle (d'abord nom propre, Sibylla) donna lieu à une ample prolifération. À l'origine, il n'y avait qu'une seule Sibylle, comme en témoigne Héraclite d'Éphèse, le premier auteur qui en ait parlé. Il en était encore ainsi au temps d'Euripide, d'Aristophane et de Platon. Le témoignage d'Héraclite révèle aussi qu'à la fin du ~ vie siècle la Sibylle avait une réputation d'antiquité. D'ailleurs, son prototype était Cassandre, dont la figure apparaît dans les légendes posthomériques du ~ viiie siècle. Sa patrie avait pour centre le mont Ida et la plaine d'Ilion. Le pouvoir de divination qui lui était imputé est dû à la tentative des Grecs d'Ionie d'opposer à la Pythie de Delphes une inspirée capable de la concurrencer. En fait, les sibylles ne se distinguent des pythies de Delphes que par un trait : celles-ci sont des femmes réelles, celles-là des êtres imaginaires comme l'étaient les nymphes ou les muses. On peut reconstituer le travail d'abstraction et le processus historique d'élab […]
