2. Maître de ballet
Une rencontre va soudain orienter le destin de Lifar. Directeur de l'Opéra de Paris, Jacques Rouché fait appel au danseur puis lui demande de remplacer le chorégraphe Balanchine, alors souffrant, pour régler en hâte Les Créatures de Prométhée (1929) de Ludwig van Beethoven. Développant le rôle mythique du Titan qu'il incarne en mêlant d'instinct danse et sentiment, Lifar imprime à l'œuvre un caractère novateur qui surprend, choque ou séduit. Son triomphe incite Rouché à l'engager comme premier danseur et maître de ballet, après un bref passage dans la revue de l'imprésario Charles B. Cochran à Londres, où il conçoit et crée La Nuit (musique de Sauguet, décors et costumes de Christian Bérard ; 1930). En dépit de fréquentes tournées en Europe, en Amérique du Sud et du Nord, en Australie et en Asie, il va désormais consacrer à la compagnie, corps et âme, son dynamisme et son prestige.
D'emblée, l'adaptation mutuelle de l'ardent novateur et de la troupe engourdie par la routine ne va pas sans orages ni passions. Avant de lui consacrer son dernier livre, le critique André Levinson réclame : « Chassez ce barbare ! ». À côté d'essais moins accomplis, Lifar multiplie les audaces techniques dans Bacchus et Ariane (musique d'Albert Roussel, décors et costumes de Giorgio De Chirico ; 1931), folkloriques dans Sur le Borysthène (1932) de Prokofiev. Les premières maladresses sont éclipsées par l'hommage à la tradition qui caractérise le viril et aérien Spectre de la rose (musique de Weber sur une orchestration de Berlioz, chorégraphie de Fokine, 1931), le sensuel Faune, l'éblouissant Oiseau bleu dans Divertissement (musique de P. I. Tchaïkovski, chorégraphie de M. Petipa, 1932). Auprès d'Olga Spessivtseva, inoubliable Giselle (musique d'Adolphe Adam, chorégraphie d'après Jean Coralli et Jules Perrot, décors et costumes d'A. Benois), Lifar confère une grande intensité dramatique au Prince Albert, interprété, de 1932 jusqu'à ses adieux en 1956, avec une aura culminant dans sa mém […]
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