Le plus illustre polyphoniste du xvie siècle et l'un des plus grands musiciens de tous les temps, plus original, plus expressif et plus fécond que son contemporain Palestrina, Lassus connut, à la tête de la chapelle ducale de Bavière, une situation privilégiée et une réputation européenne. Surnommé par ses compatriotes « l'Orphée belge », par les Français « le plus que divin Orlande », par les Italiens « Mirabile Orlando », il fut traité par ses maîtres bavarois plus en ami qu'en serviteur. Il aborda tous les genres pratiqués à son époque, laissant plus de deux mille œuvres, toutes marquées de l'empreinte de son génie. Profondément cultivé, il maniait aussi bien la langue française que l'italienne ou l'allemande ou le latin. Il fut un humaniste autant qu'un musicien.
1. Une jeunesse agitée
Né à Mons dans le Hainaut (Belgique), Roland de Lassus, enfant de chœur à Saint-Nicolas-de-Havré, dans sa ville natale, fut tôt remarqué pour ses dons et sa belle voix. Plusieurs fois enlevé par des amateurs éclairés et audacieux, plusieurs fois rendu à son église, l'enfant fut enfin pris en charge par Ferdinand de Gonzague, général de Charles Quint, qui recrutait les jeunes talents pour son empereur. Ce fut le début d'une jeunesse aventureuse. Marino Cavalli, ambassadeur de Venise, écrivait en 1551 à propos des chantres de Charles Quint : « Ils sont peut-être quarante et forment la plus complète et la plus excellente chapelle de la chrétienté... » Au sein de cette maîtrise, Lassus fut en contact avec d'éminents musiciens, tels Thomas Crecquillon et Nicolas Gombert, auprès de qui il put étudier et approfondir la technique de la polyphonie franco-flamande. Mais comme Charles Quint ne se déplaçait point sans ses chantres, qui devaient chaque jour célébrer le divin office, Lassus suivit son protecteur en France, et connut ainsi à Fontainebleau les musiciens de la chapelle de France, Claudin de Sermisy et Pierre Certon. Lorsque Gonzague fut nommé gouverneur de Milan (1546), il emmena son « page-m […]
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