Robert Doisneau, le plus populaire des photographes français du xxe siècle, est aussi le plus représentatif de la photographie humaniste. Un courant déjà amorcé dans les années 1930 par Brassaï, André Kertész et Willy Ronis, et dont l'influence triomphe après la Seconde Guerre mondiale. Le regard de Doisneau sur le monde traduit son empathie à l'égard des plus démunis. Ses photographies des quartiers populaires de Paris et de sa banlieue témoignent d'un mode de vie où triomphent les valeurs de solidarité, de générosité et de joie de vivre après les années d'occupation allemande. Un bonheur qui s'accompagne de luttes pour une amélioration des conditions de travail et d'existence.
Cependant, l'œuvre ne saurait être réduite au seul reportage humaniste baignant dans un univers empreint de réalisme poétique. Homme d'images sillonnant les univers les plus différents, Doisneau est aussi un homme de verbe. Son exceptionnel style métaphorique où l'humour plante le décor, où l'ironie s'affûte dans des expressions flottant entre argot et poésie, est en symbiose avec l'esprit de ses photographies et concourt au succès de ses ouvrages. Publiée et exposée dans le monde entier, son œuvre incarne l'élégance de ceux qui savent partager.
1. Le photographe illustrateur
Né à Gentilly le 14 avril 1912, dans une famille d'origine modeste, Doisneau entre à treize ans à l'école Estienne, qui forme aux métiers du livre. En 1929-1930, il réalise ses premières photographies. Après un passage dans les ateliers Ullmann comme dessinateur de lettres et apprenti photographe, il est engagé par André Vigneau. Dans son studio de photographie publicitaire, il côtoie les avant-gardes littéraires et artistiques et parfait ses connaissances techniques. En 1934, après son service militaire, il intègre les usines Renault comme photographe industriel. Il y restera cinq ans.
Pendant l'Occupation, Doisneau survit de commandes commerciales : musée de l'Armée, Secours national, ministère de la Jeunesse et des Sports. Simultanément, il […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



