Désigner un seul artiste comme le représentant exemplaire de cent cinquante ans de photographie est naturellement injuste. Pourtant, par son extraordinaire longévité créatrice et par la diversité des domaines et des styles qu'il a abordés, André Kertész apparaît comme l'archétype du photographe moderne. Celui que le dadaïste Paul Dermée saluait, lors de sa première exposition parisienne, en 1927, comme « frère voyant » est bien le père de toutes les photographies actuelles : parce qu'il a exploré toutes les possibilités d'un médium neuf en refusant inlassablement d'en systématiser une seule. Depuis la première photographie de nuit, réalisée en Hongrie en 1914, jusqu'au traitement de la transparence et des lumières grâce aux couleurs du Polaroid dans le New York des années quatre-vingt, Kertész a toujours considéré la photographie comme l'instrument de nouvelles possibilités d'écriture. Il a ouvert des voies, faisant le point à chaque étape par des livres et des expositions avant d'aborder de nouvelles recherches. S'il n'a eu à proprement parler ni école ni élèves, c'est qu'il a laissé à d'autres le soin d'approfondir les domaines qu'il défrichait sans jamais en épuiser aucun ; romantique, surtout soucieux d'émotions et de poésie, Kertész était incapable de systématiser, comme le font trop souvent les photographes, une seule de ses pratiques. De là, la difficulté à caractériser un style dont l'évolution a été marquée par soixante-dix années de production et d'expérimentations liées aux péripéties de la biographie.
À l'écart des écoles et des formalismes, mais sensible aux débats esthétiques, Kertész a poursuivi un parcours solitaire, souvent marqué par la difficulté, voire par un certain fatalisme ; la reconnaissance internationale, aussi unanime que tardive, n'a jamais modifié son point de vue : « J'ai commencé à photographier instinctivement. Je n'ai jamais essayé d'imiter quelque peinture ou travail graphique que ce soit ; la photographie elle-même était le moyen p […]
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