Robert Badinter représente le modèle de l'avocat ayant réussi une carrière politique. S'il est surtout connu pour son action en tant que ministre de la Justice, et particulièrement pour son combat en faveur de l'abolition de la peine de mort, sa biographie est infiniment plus riche et diversifiée : avocat et professeur de droit, il s'est aussi engagé en politique, tout en développant une importante réflexion intellectuelle. Il est né à Paris le 30 mars 1928. Ses parents, immigrés juifs russes, avaient fui les pogroms organisés en 1919 et 1920 par l'armée nationale ukrainienne. Son père sera arrêté à Lyon en 1943 et déporté à Auschwitz, Robert Badinter a eu très tôt l'ambition de s'engager dans de nombreux domaines de la vie publique, dans lesquels il s'est montré un défenseur inlassable du droit et des juristes.
1. Un combat contre la peine de mort
Inscrit au barreau de Paris en 1951, Robert Badinter est d'abord un spécialiste de droit civil : après sa thèse soutenue à la Sorbonne sur « les conflits en matière de responsabilité civile dans le droit des États-Unis » et un ensemble de contributions au droit de l'automobile, il fonde en 1966, avec son ami Jean-Denis Bredin, un cabinet spécialisé en droit des affaires. Mais c'est aux assises qu'il obtient succès et reconnaissance : au début des années 1970, il défend un certain nombre de personnes risquant la peine de mort, notamment Claude Buffet et Roger Bontemps en 1972, puis Patrick Henry en 1976. Par des conférences, des articles et des ouvrages comme L'Exécution (1973), il transforme ces causes pénales et privées en affaires publiques susceptibles de conduire à des actions politiques. Robert Badinter devient ainsi une figure emblématique du combat contre la peine de mort.
C'est à cette époque que François Mitterrand demande à cette personnalité extérieure au Parti socialiste de participer à l'élaboration d'un programme politique sur la justice. Mais Badinter n'était pas neuf en politique : candidat malheureux aux législ […]
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