6. Le dernier envol
De 1952 à 1960, Raymond Queneau a écrit les dialogues de plusieurs films : outre Monsieur Ripois, de René Clément, on peut citer La Mort en ce jardin, de Luis Buñuel, et Le Dimanche de la vie, de Jean Herman, tiré de son propre roman. Malgré le grand amour qu'il a toujours manifesté pour le cinématographe (et qui se matérialise dans Loin de Rueil), il ne semble pas que cette activité ait entièrement répondu à son attente. On peut supposer qu'un esprit aussi précis, un artisan aussi pointilleux, n'allait pas supporter longtemps la sympathique mais épuisante approximation qui accompagne souvent le travail des cinéastes.
Le dernier roman de Raymond Queneau, Le Vol d'Icare, n'est pas seulement le dernier. Il semble qu'au faîte d'une œuvre nombreuse et dense, l'écrivain ait voulu réunir tout ce qu'il savait faire et tout ce qu'il aimait en un somptueux bouquet final. On y remarquera, en effet, que ce livre conçu comme un scénario de film est très soigneusement construit ; que son écriture utilise le mode du récit, très elliptique, et des dialogues qui ressemblent à ceux du cinéma ; que l'on y trouve des personnages fort divers, dont un héros en voie de développement et plusieurs femmes énergiques ; que la présence de l'Exposition universelle de 1889 symbolise la passion encyclopédiste, et l'affrontement entre les écrivains, la passion littéraire...
Enfin, Raymond Queneau apporte une héroïque réponse à l'obscure question sur la nature et l'identité du personnage de roman, une réponse mélancolique et fière, celle-là même que l'on pouvait attendre et que l'on n'espérait pas : c'est celui qui s'envole et qui meurt à la fin.
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