4. Le romancier
L'évidente importance des recherches et des découvertes langagières dans le travail de l'écrivain a conduit la plupart des analystes à négliger ses exceptionnelles qualités de romancier : Queneau est un admirable créateur de figures et un merveilleux conteur d'histoires.
Ses personnages sont divers, bien qu'on puisse les répartir en deux familles assez homogènes : les héros et les gens ordinaires. Pour aller vite, nous dirons que les héros, ce sont ceux qui pensent : ils ne pensent pas forcément comme leur auteur, mais enfin ils font fonctionner leur cervelle, comme un outil d'investigation. Les gens ordinaires sont rebelles à tout effort cérébral, et absorbent benoîtement les idées des autres quand elles parviennent jusqu'à eux.
Il faut ici réserver un paragraphe particulier aux personnages féminins. Les « héroïnes » sont décrites par Queneau avec une force et une tendresse peu communes. Ainsi, c'est presque toujours à leur énergique obstination que les hommes (leurs maris, leurs amants) doivent leur salut. C'est le cas d'Odile (Odile), de Noémi (Les Enfants du limon), d'Annette (Un rude hiver), de LN (Le Vol d'Icare). Mieux, même : en y regardant de plus près, on découvrira que les femmes que l'on peut tenir pour « ordinaires » jouent elles aussi, dans leur ménage ou leur famille, un rôle déterminant : Sidonie Cloche (Le Chiendent) et Julia (Le Dimanche de la vie) sont les éléments moteurs des romans qu'elles habitent.
Ces personnages, Queneau les place dans des situations généralement insolites, pleines de développements nombreux et de péripéties surprenantes. Plusieurs de ses romans présentent même différentes intrigues enchevêtrées, ce qui les rend impossibles à résumer : c'est le cas du Chiendent et de Pierrot, déjà cités, mais aussi des Derniers Jours, des Enfants du limon, de Saint-Glinglin. On remarquera également qu'en un temps où les écrivains « sérieux » abandonnaient volontiers les émotions sentimentales aux auteurs populaires, Raymond Queneau publiait, avec Odile< […]
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