Issu d'un milieu bourgeois et intellectuel, Raymond Poincaré est élu conseiller général, puis député du département de la Meuse en 1887. Au Parlement, il est très rapidement un des hommes dont l'autorité égale la compétence. À trente-six ans, il a été déjà trois fois ministre : aux Finances en 1893 et en 1894, à l'Instruction publique en 1895. Il est ambitieux et sait être prudent. L'affaire Dreyfus divisant l'opinion, il se réserve et attend. La lutte anticléricale divisant les Français (1902-1905), il s'abstient de prendre parti. Avocat célèbre à Paris, on forge autour de lui l'image du patriote lorrain et du politique désintéressé. Il est d'une parfaite honnêteté, son prestige intellectuel est grand. Sincèrement laïque et rationaliste, il est accepté par la gauche ; partisan d'une orthodoxie économique et financière, il est adversaire de l'impôt sur le revenu et plaît aux modérés. Timide et froid a-t-on dit, pourtant il aime convaincre. Dès 1899, on lui avait offert la direction du gouvernement. En 1903, il préférait le Sénat à la Chambre des députés et allait y représenter la Meuse jusqu'en 1913. En 1906, il est élu à l'Académie française. En janvier 1912, Fallières le nomme président du Conseil. Il succède à Caillaux, qui dit de lui : « Il est armé pour exercer le pouvoir [...]. De haute culture, supérieur par le savoir à la plupart des politiques de sa génération, sinon à tous. Formidable puissance de travail... » À la politique pacifique de ce dernier Poincaré oppose une politique de fermeté à l'égard de l'Allemagne et, s'attribuant le portefeuille des Affaires étrangères, resserre les alliances françaises : l'Entente cordiale et l'alliance franco-russe. À l'intérieur, il fait aboutir une réforme électorale complexe comportant le scrutin de liste avec représentation proportionnelle. Homme d'autorité partisan d'un renforcement de l'influence du président de la République, il est élu le 17 janvier 1913 par le Congrès à la succession de Fallières. Barthou lui succède à la présidence du Conseil et Po […]
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