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POLYCLÈTE (~480 env.-apr. ~420)

Sculpteur grec originaire d'Argos, l'un des centres traditionnels de travail du bronze dans le Péloponnèse, Polyclète fut presque exclusivement un bronzier, dont l'œuvre nous est connue grâce à de très nombreuses copies en marbre d'époque romaine. Il s'agit de figures masculines nues, thème majeur de l'art grec, qu'il a renouvelé en établissant un modèle athlétique qui fit époque : d'abord diffusé par une école qui le prolonge pendant un siècle au moins, il est repris et varié à l'infini par l'éclectisme romain, féru de classicisme. Le volumineux catalogue de l'exposition du Liebighaus de Francfort (Polyklet, der Bildhauer der griechischen Klassik, Verlag Philipp von Zabern, Mayence, 1990) a fait commodément le point sur cet artiste majeur.

Le Doryphore, c'est-à-dire le Porteur de lance, est l'aboutissement de ses recherches sur le corps masculin au repos, consignées également dans un traité, le Canon, dont nous ne connaissons que quelques citations. Il y propose une formule plastique fondée sur une combinaison très complexe de proportions ne laissant rien au hasard : « l'œuvre réussie est, à peu de chose près, le produit de nombreux chiffres », aurait dit l'artiste. De ce système, typique du formalisme classique, on s'efforce aujourd'hui de retrouver la trame, mais l'incertitude reste grande (voir le catalogue de l'exposition de l'Antikenmuseum de Bâle : Der Entwurf des Künstlers, Bildhauerkanon in der Antike und Neuzeit, Bâle, 1992) ; du moins peut-on en apprécier l'effet.

Polyclète instaure une pondération nouvelle : la jambe fléchie, portée en arrière au niveau du talon de la jambe d'appui, ne repose que sur les doigts de pied... Cette attitude, tout en suggérant la profondeur, donne plus de légèreté et de souplesse à la figure. Le hanchement marqué qu'elle provoque est compensé par l'inclinaison inverse des épaules, ce qui inscrit le tronc dans un trapèze qui définit le chiasme typique des figures polyclétéennes. La tête, dont la sphéricité est accentuée par le peu de volume d'une chevelure en courtes mèches courbes et plates, est tournée du côté de la jambe d'appui ; elle représente un septième de la figure. Le visage est sans expression : l'idéalisation des traits nie l'individualité et refoule le portrait. Ce schéma commun n'est guère varié que par la position des bras et la nature de l'objet tenu, qui introduisent un élément narratif ou précisent la spécialité de l'athlète. Chez la plupart, la musculature est puissante, avec des sillons inguinaux et des pectoraux très marqués.

Cette sublimation du corps masculin représente la quintessence de l'esthétique classique, où la réalité est passée au crible d'un intellectualisme rigoureux, qui transfigure l'expérience sensible.

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