Le sort de l'art grec à partir de la fin de l'Antiquité est des plus étranges. C'est un art qui n'est connu directement que depuis peu, et dont pourtant on n'a cessé des siècles durant de se recommander, qu'on s'est efforcé d'imiter, qu'on a de confiance admiré. Cette admiration remontait aux temps les plus anciens : il était à peine né que déjà les riches Étrusques faisaient à grand prix venir la vaisselle décorée par les Rhodiens, les Corinthiens ou les Athéniens. Les statues pillées par les Romains dans les villes conquises figuraient à la place d'honneur dans le défilé triomphal des généraux vainqueurs, et, plus tard, les collectionneurs s'arrachèrent les pièces qui venaient d'un pays dont ils pensaient avoir tout à apprendre.
Après l'éclipse du Moyen Âge, qui cependant ne l'ignora pas autant qu'on le prétend parfois, l'art grec connaît à partir de la Renaissance une faveur nouvelle, mais en fait il vit alors sur sa réputation, aucun des monuments qui font aujourd'hui sa gloire n'étant encore mis au jour. On le découvrit peu à peu et, par une heureuse chance, les œuvres qu'on exhumait se trouvaient correspondre au goût de chaque époque. Ce furent d'abord des œuvres hellénistiques transcrites par des copistes romains, et pendant très longtemps on ne sut les distinguer des originaux ; la fin du xviiie siècle révèle le classicisme, qu'on n'accepte d'ailleurs pas sans réticence : lorsque les plaques du Parthénon arrivèrent à Londres, elles passèrent aux yeux de certains pour des répliques médiocres et tardives ; c'est à la fin du xixe siècle que l'archaïsme, sans cesse enrichi par de nouvelles trouvailles, est devenu familier à notre civilisation qui se penche avec amour vers toutes les créations de caractère plus ou moins primitif.
Malgré bien des lacunes et des incertitudes, on a aujourd'hui sous les yeux le développement complet de l'art grec depuis ses premiers balbutiements à l'aube du Ier millénaire avant J.-C. jusqu'au jour où, vieilli, il sombra dans l'académisme et la médiocrité, avant […]
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