2. La conception traditionnelle de l'évolution animale
En majorité, les ouvrages zoologiques publiés au xxe siècle véhiculent la même vision de l'évolution animale (fig. 1). Cette « conception traditionnelle », qui trouve ses fondements dans les travaux d'embryologie évolutive de la fin du xixe siècle, a été largement popularisée dans les milieux universitaires, où elle a été enseignée jusqu'à très récemment, souvent d'une manière plus ou moins dogmatique.
• Vers une complexification toujours croissante
L'arbre traditionnel (fig. 1) suggère une évolution progressive et complexifiante, conçue comme une succession de grades évolutifs de plus en plus perfectionnés. Chaque grade se distingue du précédent par l'acquisition d'un caractère anatomique considéré comme fondamental, conséquence de l'ajout d'une étape au développement embryonnaire.
Ainsi, à partir d'un ancêtre unicellulaire, l'acquisition de la pluricellularité conduit au premier grade, celui des parazoaires (terme introduit par Sollas en 1884), qui correspond aux éponges ou spongiaires. Cette transition évolutive serait récapitulée, au cours du développement embryonnaire de tout animal, par le passage du zygote unicellulaire à l'embryon pluricellulaire (processus de segmentation de l'œuf ou clivage).
Selon cette conception, l'appellation de parazoaires associée aux éponges évoque un grade intermédiaire entre les « protozoaires » et les vrais métazoaires (ou eumétazoaires). Libbie Hyman (1940) parle ainsi de « grade de construction cellulaire », rejoignant des auteurs plus anciens comme Edward Alfred Minchin qui qualifiait les éponges de « républiques cellulaires ». Pour ces auteurs, la physiologie d'une éponge résulterait essentiellement de la somme des comportements cellulaires individuels, au sein d'une sorte de colonie élaborée de cellules. Un corollaire est aussi que les éponges seraient dépourvues de « tissus vrais », en particulier de véritables épithéliums. On trouve d'ailleurs, jusque dans la seconde moitié du xxe siècle, des auteurs qu […]
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