À l'instar du Canadien d'adoption Norman McLaren dans son pays, Patrick Bokanowski, né à Alger en 1943, a longtemps fait figure de seul cinéaste expérimental français compris par une large frange de spectateurs et de critiques. Artisan pugnace, ennemi de toute orthodoxie, l'auteur de L'Ange est une sorte de démiurge qui a suscité de nombreuses sympathies, sans pour autant chercher à imposer une doctrine ou à faire des émules.
Patrick Bokanowski étudie, jusqu'en 1970, la photographie, l'optique, la chimie et le dessin avec le peintre Henri Dimier auquel il consacre un documentaire très personnel, La Part du hasard (1984). Dans un texte paru en 1991, Réflexions optiques, Bokanowski préconise, pour atteindre à une autre vision que celle propagée par le cinéma traditionnel, d'intervenir sur la construction même des caméras et des objectifs. En quelque sorte, il s'agit de tout reprendre à la base en s'attaquant à l'instrument lui-même. Cette dimension à la fois artisanale et utopiste est essentielle pour comprendre l'art poétique de cet innovateur singulier.
Ce qui fait la fascination du cinéma de Bokanowski, dès La femme qui se poudre, […]
