3. Le corps-mouvement
Assez différents les uns des autres par leur forme et par leurs sources d'inspiration, les films que Patrice Chéreau a réalisés depuis 1995 développent certains de ses thèmes de prédilection : la sujétion de l'individu à son corps, la violence du désir et l'aliénation inévitable qu'il entraîne, la quête initiatique. Pour Ceux qui m'aiment prendront le train (1997), Chéreau part, pour la première fois depuis L'Homme blessé, d'un sujet original et non d'une adaptation. Le train, c'est celui que prennent pour se rendre à ses obsèques les amis, disciples ou anciens amants de Jean-Baptiste, un peintre qui exerçait sur ses proches la tyrannie d'une « intransigeante séduction ». La première moitié du film, la plus radicale, entièrement située dans une rame de T.G.V., présente une quinzaine de personnages de façon fragmentaire. Des séquences heurtées, tournées caméra à l'épaule, saisissent les corps des acteurs au plus près du mouvement ; le rythme du montage semble épouser la fièvre de ce groupe de personnages en crise. À l'inverse de ce film foisonnant, Intimacy (Intimité, 2001), réalisé en anglais et tourné à Londres d'après des récits de Hanif Kureishi, se resserre sur un petit nombre de personnages. Dans une magnifique alternance de plans contemplatifs et de séquences fébriles, Chéreau y raconte la passion d'un homme et une femme qui ne se retrouvent que pour faire l'amour. Les scènes de sexe rythment le film : tournées en temps réel, elle forment à elles seules une narration sans parole où l'amour physique développe sa propre histoire. Ours d'or du festival de Berlin, Intimacy a connu un très grand succès critique. Dans Son Frère (2003), inspiré d'un récit de Philippe Besson, le corps conserve une importance de premier plan, mais il s'agit cette fois de celui d'un homme jeune en train de mourir d'une maladie mystérieuse. Là encore, la mélancolie et la poésie émergent d'une volonté radicale de ne pas sublimer la réalité : la caméra scrute avec passion l'inti […]
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