2. Horváth face aux nazis : les voies de l'exil
L'exil marque une césure dans l'œuvre dramatique de Horváth. Après avoir failli se fixer à Paris, il choisit finalement de vivre à Berlin. Dès 1926, le compositeur Siegfried Kallenberg lui commande le livret d'une pantomime. Il écrit Révolte à la cote 3018, qui est joué en 1927 à Hambourg, puis à Berlin sous un autre titre. Les éditions Ullstein, intéressées, lui offrent de signer un contrat lui permettant de travailler à ses futures pièces. En octobre 1929, Sladek ou l'Homme noir de la Reichswehr est créé à Berlin : la pièce retrace le processus qui conduit un jeune garçon sans travail à s'engager dans les S.S. Après Hôtel-Bellevue, Horváth donne à la suite ses plus grandes pièces ; la montée du national-socialisme, l'inflation, le chômage, les déclassements sociaux et l'oppression accrue que tous ces facteurs font peser sur les femmes en sont les thèmes dominants.
En 1931, La Nuit italienne (Italienische Nacht) est mise en scène par Francesco de Mendelsohn au Theater-am-Schiffbauerdamm ; l'Allemagne, cette année-là, compte cinq millions de chômeurs. Horváth tire le signal d'alarme : il montre la faiblesse des républicains, la collusion plus ou moins consciente de certains d'entre eux avec les forces montantes de la terreur nazie (la fête annuelle donnée par les républicains, avec lampions, bal et intermèdes artistiques minables, est sabotée par l'irruption des nazis). En dépit de tous les avertissements, la gauche weimarienne, méfiante à l'égard des « extrémistes rouges », n'a rien d'autre à opposer au discours raciste et à la force armée que son propre discours humaniste stéréotypé. Les rivalités, les querelles dans les appareils des partis républicains ouvrent la voie à cette « dépossession radicale des droits humains », dont parlera plus tard Martin Walser. Les représentations de La Nuit italienne irritent vivement les nazis ; cité comme témoin dans une affaire de rixe, Horváth est agressé par eux. Il n'achève pas moins Casimir et Caroline, puis […]
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