2. La « grammaire universelle »
Afin de répondre à ces questions, Chomsky soutient que, par-delà les descriptions précises des langues qu'elle rend possibles, la théorie linguistique doit spécifier les aspects invariants et les propriétés formelles des systèmes de règles mis en œuvre dans chaque description : si nous imputons ces propriétés à l'état initial des locuteurs, nous aurons distingué les aspects de notre savoir linguistique qui viennent de notre faculté de langage et qui y sont donc nécessairement inclus, et ceux qui relèvent des propriétés particulières de la langue de notre communauté. Ainsi, pour Chomsky, décrire précisément une langue quelconque, c'est aussi et nécessairement mettre à jour des propriétés de la faculté de langage des humains.
Concernant la syntaxe, la théorie générale (qu'on nomme depuis « grammaire universelle » ou GU) des travaux des années 1950 et 1960 spécifie que la langue interne de tout locuteur peut être représentée : (a) comme un système de règles de réécriture qui « engendrent » (énumèrent et analysent) récursivement un ensemble (infini dans Aspects de la théorie syntaxique, 1965) de structures sous-jacentes et (b) un ensemble de computations (« transformations ») qui dérivent de ses structures sous-jacentes les « structures de surfaces » des énoncés. Chomsky formulait ainsi de façon précise une idée déjà développée dans la Grammaire générale et raisonnée d'Arnauld et Lancelot, selon laquelle un énoncé était associé à plusieurs niveaux de représentation distincts reliés entre eux par des opérations de déplacement ou d'effacement (cf. La Linguistique cartésienne, 1966). Était ainsi (ré)introduite en linguistique une approche computationnelle de la faculté de langage et de la langue interne, toujours fructueuse cinquante ans plus tard.
Ce n'est donc pas parce que le « modèle standard », ainsi entendu, de la grammaire générative ne répond pas de façon satisfaisante à la question (1) qu'il sera remplacé mais parce que les descriptions p […]
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